بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Sommaire
Structure de l’argile
Les symboles
Le feu face à l’argile
L’eau et l’agile
Poterie
Bibliographie

Article de la disciple Karima.

Par la baraka du Shaykh Mohamed Faouzi Al Karkari, qu’Allah sanctifie son secret.

Cet article tente de relier la structure de l’argile à des symboles tels que le triangle de la basmala ou le sceau de Salomon. Quelques versets coraniques sont également mentionnés.

Structure de l’argile

Les argiles sont, le plus souvent, le produit d’érosion de roches de surface. Elles se définissent par le diamètre de leurs grains solides < 2µm. Elles font partie de la famille des phyllosilicates (phyllo = feuille en grec ancien et du groupe des silicates avec Si04 élément constitutif de base). Elles se présentent sous forme de feuillets superposés composés de tétraèdres et d’octaèdres.

Pour se donner une idée de l’échelle et de l’organisation, il faut considérer chaque grain respectivement composé de ces feuillets.

La représentation schématique d’une montmorillonite prise en exemple indique des feuillets composés d’une couche octaédrique intercalée entre deux couches tétraédriques.

Représentation schématique de la structure d’une montmorillonite (d’après Gautier, 2008).
Représentation schématique de la structure d’une montmorillonite (d’après Gautier, 2008).

Les tétraèdres sont formés par 4 atomes d’oxygène au centre duquel se trouve un cation. Les octaèdres sont également composés d’atomes d’oxygène dont ils partagent une partie avec les tétraèdres. Un cation est présent au cœur des octaèdres également.

Les principales familles d’argile sont la kaolinite, l’illite et la montmorillonite.

Les symboles

La basmala et son ombre

On peut voir dans les tétraèdres de l’argile la représentation de la basmala (Introduction au Secret de la Basmala).

Représentation de la basmala dans le malakoute.
Représentation de la basmala dans le malakoute.

Le cation, au centre des tétraèdres, peut rappeler l’illustration de la Lumière muhammadienne (Parvenir à Allâh par l’Amour de Sa création).

De plus, si les octaèdres de la couche octaédrique avaient été des bipyramides triangulaires (2 triangles superposés) nous aurions pu tenter de voir dans le cation du centre, le Soleil de la haqîqa que l’on retrouve dans la représentation de la basmala et de son ombre (Le Chemin de la Basmala).

Nous serions également tentés d’interpréter humblement que l’ombre de basmala ne peut se manifester dans la structure de l’argile car elle n’est que l’ombre de la basmala et qu’elle n’existe pas en soi. « Dis encore : « La Vérité est venue, l’erreur a disparu, car l’erreur est vouée à disparaître. » » [1]

On peut également souligner la position des octaèdres semblable à celle du sujud ; position où l’ego est soumis au Très-Haut. On peut également le voir dans l’autre sens en position d’inclinaison, rukû. Jusqu’à sa structure, l’argile nous montre l’état/rôle de servitude de l’homme.

Le sceau de Salomon

En regardant ces feuillets non plus par la tranche, mais par le haut, se dessinent des hexagrammes étoilés formés par la couche tétraédrique.

Représentation schématique de la couche tétraédrique d’une argile vue du haut.
Représentation schématique de la couche tétraédrique d’une argile vue du haut.

Cette structure rappelle le sceau de Salomon avec ses 2 triangles superposés.

Ce sceau peut être vu comme l’histoire de la création, de la prééternité où ana et huwa étaient réunis en passant par la première scission laissant apparaître les Noms divins (tous contenus dans le Nom ar-Rahman) et des lectures du Nom Allâh puis de la sortie de l’état de jonction par l’acte d’insouciance où se manifeste alors la considération jalaliya des Noms divins jusqu’aux retrouvailles du ana au huwa (De l’apparition du Secret).

« […] la création symbolisée par le cercle à six branches, chaque branche correspondant à un des six jours de la création, […] » (De l’apparition du Secret).

Explications

Les termes d’argile et de création sont tous deux réunis dans un verset « C’est Lui qui a bien fait tout ce qu’Il a créé et qui a commencé la création de l’homme à partir de l’argile. » [2] Comme si chaque être humain était pourvu de ce sceau dès sa création et que son objectif premier était de retourner vers cette Unicité qui est lui et qu’il est Elle.

Le verset « Lorsque Dieu dit aux anges : Je vais établir un lieutenant [3] sur la terre, ils dirent : Vas-Tu établir un être qui sèmera la corruption et répandra le sang sur la terre, alors que nous célébrons Tes louanges et que nous proclamons Ta sainteté ? Je sais ce que vous ne savez pas, répondit le Seigneur » [4] pourrait appuyer cette idée selon laquelle l’homme aurait été pourvu de ce sceau au début. Ici, il pourrait être mis en évidence l’apparition de l’ombre par l’acte d’insouciance, d’où l’interrogation des anges.

La structure de l’argile pourrait comme renfermer l’histoire de l’homme. Le tétraèdre pourrait s’apparenter à l’état spirituel d’Adam lorsqu’il était au Paradis auprès d’Eve « Nous avons créé l’homme d’un extrait d’argile. » [5] L’acte d’insouciance marque le début d’une succession de scissions nous éloignant de l’Unicité (Vidéo : Oublie-toi toi-même). Cela peut être illustré par le verset suivant issu de la même sourate « puis, de cette goutte de sperme, Nous avons fait une jonction cellulaire; puis, de cette jonction cellulaire, Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon, Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair; ensuite, Nous l’avons transformé en une autre création. Béni soit Dieu, le Meilleur des créateurs ! » [6] La suite des versets illustre relativement bien la prise de bay’a qui aura pour but de remonter ces scissions afin de retourner à l’Unicité « ainsi qu’un arbre [7] qui pousse au mont Sinaï et qui produit de l’huile et un condiment pour les consommateurs. » [8]

L’octaèdre pourrait quant à lui illustrer le voile de servitude qu’Adam se devait d’apposer à sa nafs seigneuriale suite à son acte d’insouciance par le sujud et le rukû (cf. ci-dessus).

Les couches respectives de tétraèdres et d’octaèdres sont profondément liées jusqu’au partage d’atomes. L’une participe à la composition de l’autre, elles sont interconnectées. Comme pour illustrer la réelle servitude de l’homme, qu’elle était certes apparentée à celle des anges, mais qu’elle n’est complète que par cette servitude due à la nafs seigneuriale.

Nous pouvons également voir l’octaèdre comme étant l’orbite terrestre tournant autour du Soleil de la haqîqa (Le Chemin de la Basmala). Auquel cas, nous serions tentés de voir en cela l’émanation de l’homme à partir de la création à laquelle il est lié (Vidéo : Pourquoi Allâh m’a-t-Il créé). Le verset « C’est Lui qui vous a créés d’argile et a décidé un terme à la vie de chaque être et un autre terme fixé auprès de Lui. Pourtant, vous en doutez encore » [9] pourrait illustrer cette interconnexion de l’homme à la création avec cette temporalité cyclique. Cela pourrait également illustrer la base de notre cheminement : trouver le juste milieu entre haqîqa et chari’a. Nous pourrions voir dans ce verset que chaque être a sa destinée, son orbite dont il ne peut dévier qui a une trajectoire fixe et inéluctable.

Pour aller plus loin dans ces interprétations, nous pouvons voir l’eau captée au niveau interfoliaire, comme étant la Lumière muhammadienne dont émane la création puis la terre puis l’homme « Les mécréants n’ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte, que Nous les avons séparés et que Nous avons fait de l’eau toute chose vivante ? Ne croiront-ils donc pas ? » [10] (Vidéo : L’importance de l’eau pour le corps et l’esprit).

À noter que le groupe illite et kaolinite sont non gonflants. Tout au contraire, la montmorillonite possède la capacité de gonfler lorsque l’eau abonde en captant l’eau au niveau interfoliaire. Chaque argile interagit donc différemment avec l’eau. Chacune ayant des propriétés propres et participe ainsi à la diversité de ce groupe minéralogique fort dont les usages sont larges (porcelaine, médical, cosmétique, aménagement, etc.) et cela à l’image de la création où chacun a son rôle à jouer.

Quelle que soit sa nature, l’argile finit par adopter 3 comportements en lien avec la quantité d’eau en présence :

  • Solide lorsque l’eau est rare,
  • Plastique
  • Et liquide lorsque l’eau abonde.

« […] Tout doit périr, sauf la face de Dieu. […] À Lui vous serez ramenés. » [11]

De plus, les tétraèdres interconnectés formant un cercle et l’eau insérée dans l’espace interfoliaire pourraient nous faire penser à une hadra. À noter également que les octaèdres sont également liés entre eux. Ne pouvons-nous pas interpréter que l’homme est avant tout un être de liaison et que c’est en cela qu’il puise sa force ?

Pour finir, toute cette structure est agencée de manière à former ce qui s’apparenterait à la répétition du sceau de Salomon illustrant la création de l’homme en tant que Ana puis son retour au huwa dont il est issu.

Le feu face à l’argile

Incapacité d’Iblis de se prosterner

 Dieu dit : « Qu’est-ce qui t’empêche de te prosterner lorsque Je te l’ai ordonné ? » Iblis répondit : « Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé d’argile. » [12]

« […] Allah dit : « Iblis dit : « Je (ana) suis (est) meilleur que lui (huwa). » » En se détachant de l’image d’Iblis et de Adam, Allah nous révèle dans ce verset que le ana seigneurial contient et est supérieur au huwa de la servitude. Sayiduna Adam, lorsqu’il mangea à l’arbre, permit aux noms divins de se manifester dans leur totalité, réunissant les Noms de Jamal et de Jalal. Il fit apparaître le monde physique que nous connaissons. […] » (De l’apparition du Secret).

À la lumière de cet extrait, on peut tenter d’interpréter que le ana seigneurial est assimilé au feu quant au huwa de la servitude il est associé à l’argile. La question est donc de savoir pourquoi le ana seigneurial n’est pas capable de se prosterner (difficilement). Le feu est excitation, action, mouvement et agitation contrairement à l’argile aux propriétés d’immobilité et de quiétude [13]. Tant de critères qui rendent la prosternation difficile (colère, orgueil, envie, rancune)

Iblis est empêché, il n’est pas capable de se prosterner comme si cette incapacité le dépassait à cause de cette absence de miséricorde, miséricorde que l’on retrouve dans l’apparition des Noms divins (tous contenus dans le Nom ar-Rahman) illustrée dans le sceau de Salomon. Maudit, celui qui est privé de Sa miséricorde (Vidéo : Le Chemin de la Basmala).

La présence seule de la basmala dans la structure de l’argile ainsi que l’octaèdre, interprété comme en sujud et rukû marque également cette différence entre le feu et l’argile dans la capacité à la prosternation. En effet, l’ombre de la basmala interprétée dans l’octaèdre est présente sous la forme de prosternation, l’ego est donc soumis et effacé et la basmala permet/facilite cette prosternation.

L’argile est capable de se mêler à l’eau (cf. plus haut : eau assimilée à la Lumière muhammadienne) contrairement au feu qui l’évapore lorsqu’elle est en faible quantité. Si l’eau abonde, le feu ne peut que difficilement l’évaporer.

Refus d’Iblis de se prosterner

 « Lorsque Nous avons dit aux anges : Prosternez-vous devant Adam ! Ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblis qui dit : Vais-je me prosterner devant celui que Tu as créé d’argile ? » [14]

Pourquoi ce dédain d’Iblis pour l’argile ? Est-ce le dédain de celui qui n’a jamais péché et qui voit dans le sceau de l’argile la nature pécheresse de l’homme ?

Il n’a pas conscience de sa propre nature, il n’a pas de recul sur lui-même contrairement à Adam qui parvient à reconnaître sa faute et cette Unicité.

Mais alors pourquoi est-ce qu’il n’a pas conscience de lui-même ? Le sceau de Salomon que l’on retrouve dans la structure de l’argile pourrait illustrer cette différence.

La question de pourquoi est-ce qu’il ne se prosterne pas revient à se demander ce qu’est l’orgueil. Est-il aveuglé par son orgueil ? L’orgueil n’est-il pas une forme de souffrance de non-reconnaissance de sa personne ? La souffrance engendrée par la découverte de notre non-existence ?

L’eau et l’argile

 Les molécules d’eau qui nous entourent ont été formées au tout début de la création. Présente en abondance sur terre, l’eau nous est indispensable, vitale ; à l’image de la Lumière muhammadienne sans laquelle la création, la planète et l’homme ne seraient pas et dont ils sont issus (Vidéo : Pourquoi Allâh m’a-t-Il créé ?).

Eau présente

 « Souviens-toi que Dieu dit aux anges : Je vais créer l’homme d’argile extraite d’un limon malléable […] » [15]

Dans ce verset, s’adresser aux anges pourrait marquer le huwa dans lequel ils demeurent en “opposition” au ana. L’eau présente dans le limon malléable permet de le modeler. De la même manière que la Lumière modèle l’homme afin qu’il puisse revêtir les plus beaux caractères, être malléable en changeant et parvenir ainsi à retourner à Elle.

Sans eau, pas de retour à l’Unicité ?

Dieu dit : « Ô Iblis ! Pourquoi n’es-tu pas du nombre de ceux qui se prosternent ? » « Je n’ai pas à [16] me prosterner devant un homme que Tu as créé d’argile, extraite de limon malléable », répondit Iblis. [17]

Ce verset pourrait souligner l’incapacité du feu à se mêler à l’eau. Il ne peut pas se prosterner parce que l’argile, contrairement au feu, peut assimiler l’eau et être modelée. Il est possible à l’argile de changer et de retourner à l’Unicité contrairement au feu qui demeure non-prosterné et en opposition.

Eau absente

« Nous renversâmes cette cité de fond en comble et Nous fîmes pleuvoir sur ses habitants des pierres d’argile. » [18]

Dans ce verset, l’eau est absente de l’argile et devient un projectile en guise de punition.

Poterie

« Lequel des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? Il a créé l’homme d’argile, semblable à celle utilisée en poterie. » [19]

Nous pouvons retrouver dans ce verset l’expression de Sa miséricorde au travers de la création.

Le corps humain est la planète Terre (Le Chemin de la Basmala). La planète Terre quant à elle constitue l’équilibre ultime permettant l’apparition de la vie. La poterie nécessite l’équilibre entre argile, eau, air et feu à l’image de la nafs al-moutma’inna, en équilibre ultime.

Bibliographie

Interactions entre argile ammoniée et molécules organiques dans le contexte du stockage des déchets. Cas de molécules à courtes chaînes. Mathieu Gautier, 2008.

Philipponnat G. et Hubert B. – Fondations et ouvrages en terre. Editions Eyrolles, 2015.

Hachemi Hafiane – Le saint Coran et la traduction du sens de ses versets en claire langue française. Éditions Archipoche, sept. 2013.


[1] Sourate al-Isra (Le Voyage nocturne), verset 81.
[2] Sourate as-Sajda (La prosternation), verset 7.
[3] Sens de Calife.
[4] Sourate al-Baqara (La Vache), verset 30.
[5] Sourate al-Mouminoun (Les Croyants), verset 12.
[6] Sourate al-Mouminoun (Les Croyants), verset 14.
[7] L’Olivier.
[8] Sourate al-Mouminoun (Les Croyants), verset 20.
[9] Sourate al-An’am (Les Bestiaux), verset 2.
[10] Sourate al-Anbiya (Les Prophètes), verset 30.
[11] Sourate al-Qassas (Le Récit), verset 88.
[12] Sourate al-Ar’af, verset 12.
[13] Abû Hâmid Al-Ghazâlî, La condamnation de la colère, de la haine et de l’envie. Éditions Al-Bouraq, 2013.
[14] Sourate al-Isra (Le Voyage nocturne), verset 61.
[15] Sourate al-Hijr, verset 28.
[16] Autre traduction : “Je ne puis”.
[17] Sourate al-Hijr, versets 32 et 33.
[18] Sourate al-Hijr, verset 74.
[19] Sourate ar-Rahman (Le Miséricordieux), versets 13 et 14.