بسم الله الرحمن الرحيم 
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين
 
Lâm ul-‘ichq / le Lâm de la Passion
 

Définition au sein de la Tariqa Karkariya : 

Il s’agit de l’état de dissolution par l’eau de l’Amour transcendant, manifesté par l’élargissement de la poitrine et de la capacité d’entendement permettant de supporter le fardeau de la descente des Secrets divins.Considérant donc à présent le Nom « Allâh » en omettant le Alif du Tawhîd, nous obtenons le mot « lillah – à Allâh »

Allâh –ta’âlâ- dit ainsi dans le Coran :
« Non, mais quiconque soumet à Allah (lillah) son être tout en faisant le bien, aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés » [sourate al-baqara, verset 112]
« Dis: «C’est à Allah (lillah) qu’appartiennent le Levant et le Couchant. Il guide qui Il veut vers un droit chemin» »
[sourate al-baqara, verset 142]
« S’ils te contredisent, dis leur: «Je me suis entièrement soumis à Allah (lillah), moi et ceux qui m’ont suivi». »
[sourate Âlu ‘Imrân, verset 20]
« Dis: «A qui appartient ce qui est dans les cieux et la terre?» Dis: «A Allah! (lillah)» »
[sourate al-An’âm, verset 12]
« au jour où la terre sera remplacée par une autre, de même que les cieux et où (les hommes) comparaîtront devant Allah (lillah), l’Unique, le Dominateur Suprême. »
[sourate Ibrâhîm, verset 48]
« N’ont-ils point vu que les ombres de toute chose qu’Allah a créée s’allongent à droite et à gauche, en se prosternant devant Allah (lillah), en toute humilité? »
[sourate al-Nahl, verset 48]
« En l’occurrence, la souveraine protection appartient à Allah (lillah), le Vrai. Il accorde la meilleure récompense et le meilleur résultat. »
[sourate al-Kahf, verset 44]

Ce lâm est le lâm de l’extension et du bien-être (bast) correspondant à la station de l’amour passionnel (‘ichq), tandis que l’Amour (Hubb) désigne ce désir insatiable de l’Aimé et le dépouillement total de son propre moi, de façon à ce que se réalise en l’amoureux le Secret du Secret. A ce moment-là, le côté humain de l’aspirant se dissipe dans le divin de Celui qui est objet de l’aspiration, et apparait alors la Réalité de ce dernier, imposant à la fois l’analogie et l’incomparabilité absolue à toute créature.
On relate ainsi que Qays al-Mouhibb, l’homme qui s’était épris d’un Amour passionnel pour Layla, marchait, fou, dans les déserts en disant : « Je suis Layla ».

Et parmi les plus beaux vers qui furent composés à propos de l’Amour (Hubb), figurent sans doute les vers de sayiduna ibn al-Fârid (qaddas Allâhu sirrahu) :
(O Allâh) augmente moi de cet Amour intense qui me fait perdre en Toi     ///     et fais miséricorde aux organes qui se consument dans le feu d’un désir attisé
Si j’implore Ta vision véritable     ///     pardonne moi, et fais que la réponse ne soit pas : « Tu ne verras point »
Oh cœur ! Toi qui m’as promis leur amour     ///     Patience donc, et prudence de ne pas te sentir oppressé ni angoissé
Certes, l’Amour passionnel est la vie… meurs-en donc !     ///     il est de ton droit de mourir et d’être absous

Il a dit également :
Il est l’Amour, soumets toi donc de tout ton être, car cet Amour n’est pas simple     ///    et celui que la passion dévore ne peut y accéder tant qu’il est doté de raison
Vis donc totalement vide de toute chose, car dans le cas de l’Amour, ce qui en constitue le repos est lui-même difficile     ///     son commencement est une maladie, et sa fin une mise à mort.

Et sayiduna al-Harrâq (qaddas Allâhu sirrahu) a dit quant à lui :
Questionnez l’Amour à mon sujet : ne suis-je qu’un prétendant ?     ///     Lui qui connait bien l’état de mon désir ardent
Et Il sait certainement que j’ai des aimés     ///     que j’aime véritablement, non pas par les dires seulement
Par Allâh en réalité je suis même leur esclave et serviteur     ///     je ne suis pas faqir, et ceci n’est ni en ma faveur, ni à mon désavantage
Car par eux, par leur honneur et par leur grandeur j’ai atteint la richesse     ///     et je suis apparu comme quelqu’un de valeur au milieu de toutes les assemblées
Or il me suffit comme fierté qu’ils soient mes maîtres     ///     et qu’ils soient pour moi tout ce que je vois et entends

 

Sourceal-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)