بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Bien que cette siyaha fut réalisée en 2016, il faut remonter en 2012 lors de ma bay’a, avec celui qui deviendra mon Shaykh véritable par la Lumière Mohammedienne, pour connaître l’origine et les causes de cette siyaha. Je renvoie dans un premier temps à mon témoignage qui montre le bouleversement que cette bay’a a provoqué en moi puis j’ajouterai quelques détails qui amèneront à cette siyaha.

Tout d’abord, dans la Tariqa Karkariya notre Shaykh nous apprend à donner de l’importance aux petites choses. J’insiste sur ce point quand on connaît à quel point l’impact d’une petite siyaha en Algérie (2017) a fait remuer la toile et les médias du monde pour une marche de 100km au plus.

100 km, c’est environ la distance séparant Al-Aroui et Oujda et c’est le trajet que fit le disciple Amine Ghazi pour sa première pérégrination. C’est à partir de là et de l’état que j’avais à un certain temps, que j’avais pris la décision de partir de Wattrelos jusqu’à Al-Aroui.

En « bon disciple », j’ai demandé l’autorisation au Shaykh dont la réponse fut un « non » catégorique. Sans entrer davantage dans les détails, l’idée de cette siyaha était restée dans mon esprit depuis ce jour-là. Plus tard, le idhn (permission divine) de la siyaha descendit sur notre Tariqa et les autorisations que notre Shaykh prodigua par la suite (pour sortir en siyaha) auront été le début d’une grande aventure pour les disciples.

C’est en 2014 que je pris donc pour la première fois les sentiers français, qui m’étaient complètement inconnus jusqu’à lors. Depuis ma ville natale j’entrepris donc ma marche, et le manque d’expérience sur les longues marches, tant au niveau physique que matériel, m’obligèrent à m’arrêter aux portes de l’Espagne, à Cerbère plus précisément.
Désormais, fort d’un premier essai, un bien plus grand itinéraire s’ouvrait à moi, une marche longue de 1000km, des portes de l’Espagne au sud de la France, jusqu’à la porte de la zawiya à Al-Araoui.

Le début d’une longue aventure…

La vidéo

Jour 1

La vieille, j’ai pris le train avec mon barda pour rejoindre Cerbère. Une fois sur place, j’ai téléphoné à Sidi Shaykh qui me donna les dernières instructions et conseils pour le voyage : ne pas faire plus de 25km par jour, y aller tranquillement, et s’arrêter en cas de problème.

Le départ était fixé le vendredi après dhor par Sidi Shaykh.

C’est avec une grande motivation et un moral au plus haut que je suis parti pour 15km le premier jour, le temps de passer le col séparant les 2 pays. Arrivé en Espagne, à Portbou, j’ai connu mes premiers déboires avec deux crevaisons successives sans aucun matériel pour réparer. Je me suis donc équipé au « chinois du coin » pour pouvoir repartir. Mais la fatigue du fait d’arpenter le col, rajoutant à cela le contretemps de la crevaison et la curiosité des habitants du coin, m’ont résolu à m’installer, non loin de là, pour la première nuit.

Jour 2

La route s’engage tranquillement. Le ciel ne présage rien de bien pour la suite…

Jour 3

C’est parti pour 3 jours de pluie…
1er jour de pluie : j’ai dû sortir le poncho, très utile pour diverses raisons (cabine de douche, paravent, surcouche pour la tente en cas de forte pluie, etc.). Les arrêts sous les ponts permettent un repos précaire, ainsi que les stations-services pour recharger le téléphone et les provisions du jour (eau et jus principalement). Concernant le repas, il se compose de salades froides principalement faciles à prendre et légères pour le transport. Nous pouvons voir sur une des photos que je transporte un coffre, certes encombrant, mais plus pratique pour garder mes affaires à l’abri de la pluie.

Jour 4

2ème jour de pluie : je m’arrange toujours pour être dans un lieu à l’abri des regards, et toujours en direction des éventuelles venues.

Jour 5

3ème jour de pluie : aujourd’hui je longe la côte pour aller au plus direct en direction de Barcelone.

Jour 6

En observant les voiles et les gens en train de s’amuser, je voyais le contraste de ma marche – déjà éprouvante – avec les plaisirs que ce monde propose.
Mes chaussures donnent-elles des signes de fatigue ?

Jour 7

En siyaha, nous ne trouvons pas toujours l’endroit discret que nous voudrions, mais la fatigue et l’envie de clore la journée de marche ne nous fait pas penser à ce genre de chose. Quand c’est possible, je prends un café au lait le matin, pas que ça me fasse spécialement envie, mais cela m’aide à garder le moral.

Sur les photos, on voit aussi une nouvelle paire de roues flambant neuves, car les 200 km ont eu raison des roulements de mon chariot. J’ai cru que ces roues pourraient donner un nouveau souffle à ma progression, mais hélas, la qualité n’était pas au rendez-vous.

Jour 8

Comme je le disais, les roulements des roues ont fini leur propre siyaha, et je repars avec des roues neuves. J’avais prévu quelques outils au cas où ! Je profite pour faire quelques photos de monuments me parlant, me faisant réfléchir sur le Alif…

Jour 9

Avec mes nouvelles roues, il n’a fallu que 20 kilomètres pour me bloquer à nouveau et durant 3 jours cette fois-ci, histoire de trouver une solution fiable et durable. J’ai donc acheté des roues (en jaune sur les photos) à base de roulements à aiguilles, les connaisseurs des roulements comprendront qu’ils sont plus solides pour la charge, mais il fallait que je les adapte aux axes de mon chariot d’où le croquis et les photos pour mieux comprendre ce que je faisais ! Direction magasin de bricolage, achat de colle bi-composante, etc.

Comme vous le voyez sur les photos, une phase de réparation s’improvise dans un coin discret de cette zone au sud de Barcelone, afin de pouvoir continuer ma route.

Jour 10

Visiblement c’est réparé ! Mais il me faudra attendre une nuit complète pour consolider la colle, avec une mise sous pression à l’aide d’un extenseur pour bloquer les roues en translation.

Vous voyez mon logement de 3 jours dans un coin. J’ai eu droit à la visite de la police entre temps, qui ont compris la situation et mon incapacité à repartir de sitôt.

Jour 11

J’avais remarqué une douleur à mes ligaments des pieds durant ce repos forcé. En cherchant une cause, j’ai remarqué que la semelle de mes chaussures était complétement usée, source d’une tendinite latente. Entre nous, je n’avais rien à faire, alors je regardais tout et n’importe quoi. J’ai préféré m’en séparer, elle avait servi lors de ma première siyaha (500 km) et j’en étais à environ 300 km de plus pour mes chaussures en Espagne.

Pour rattraper mon retard, j’ai décidé de prendre le train pour deux raisons : la première, rattraper mon retard ; la seconde, nous sommes au mois de Sha’ban, et j’avais pour objectif d’arriver avant le mois du Ramadan. J’ai déjà testé la siyaha en jeûnant, et je ne le conseille que très peu.

Ici, on me voit dans le train me conduisant à Tarragone, soit 100 km de là où je me trouvais, c’est-à-dire à 3 jours de marche. J’en profite au passage pour acheter une nouvelle paire de chaussures pour terminer la marche, à Décathlon, lieu propice au repos.

Jour 12

Un peu de marche ne me fera pas de mal, surtout sur une route agréable et une météo clémente. Je profite pour faire quelques photos symboliques au pied d’un olivier. Admirez le visage bien rond que va vite s’affiner au cours de la marche (j’ai perdu 10 kg !).

Jour 13

Les animaux morts sur les routes sont courants, cependant, notre état d’esprit lors de la marche nous donne une lecture différente à la vision d’une bête morte. Je l’assimilais à ma propre nafs en train de mourir petit à petit au fur et à mesure de mon avancée.

De nouveau quelques ennuis avec mon chariot, j’ai alors sorti les gros moyens pour régler le problème définitivement en insérant un écrou dans l’axe, afin de fixer la rondelle au lieu de la coller. Limage de l’écrou, collage… Bref une séance de bricolage en pleine air que j’aurais évité sans hésiter !

Jour 14

La route se poursuit vers mon objectif… mon Shaykh, Sidi Mohamed Faouzi Al Karkari !

Jour 15

La route, encore la route, et un endroit sympa pour dormir. Un véritable coin de paradis pour le vagabond que je suis !

Jour 16

J’enchaîne les kilomètres, et cette fois-ci, je trouve un serpent mort… mais c’est un bien, in sha Allâh !

Jour 17

Rien de spécial à signaler, le chemin continu.

Jour 18

Une journée difficile, mais avec une rencontre sur la route. Tout est bon pour briser la solitude du voyage qui commence à peser. Le paysage est magnifique, alors je n’hésite pas à prendre quelques photos lors des poses régulières, car c’est une montée pour passer une montagne et rejoindre l’autoroute derrière la montagne qui elle passe au travers.

Jour 19

Grand moment de solitude après le suivi de mon GPS qui m’a mené dans les montagnes. Même la chèvre s’est demandé ce que je faisais ici. La piste a rendu la progression difficile et épuisante à cause de mon chariot. C’est quand on retrouve le bitume qu’on s’aperçoit du bienfait qu’il représente. J’ai été plongé le temps d’un jour au moyen-âge à pousser un chariot en me demandant, la rage au ventre, comment ils faisaient à l’époque.

Jour 20

Et comme les erreurs de navigation n’arrivent jamais seules, j’ai connu un 2ème jour encore plus éreintant que la veille. Je me couvre au maximum du soleil. Parfois, sous mes lunettes se mêlent les larmes de souffrance que le voyage procure et de joie à l’idée d’arriver à mon but avec l’accueil de Sidi Shaykh. Sans même que les gens s’en doute, je traversais les villes avec des états très aléatoires. À ce stade, la fatigue commençait à réellement m’atteindre, ainsi que mon moral.

Jour 21

Les pieds commencent eux aussi à accuser des longues heures de marche, sous un décor qui devient de plus en plus insignifiant à mes yeux, tant l’envie d’arriver se fait pressante.

Jour 22

Après des paysages arides, un peu de civilisation ne fait pas de mal au moral. Alors je regarde les gens ainsi que leur fête toujours en méditant sur le décalage de ma présence ici et la leur. J’ai cru un moment être comme un cheveu dans la soupe au milieu de leur spectacle, certains accordaient plus d’attentions à moi qu’au spectacle sur la rue.

Jour 23

Petit passage à la pharmacie pour quelques soins au pied. Mes nouvelles chaussures étant à l’origine de cette affaire, j’ai découpé une partie de la chaussure pour éviter les frottements.  D’autres photos montrent mon emplacement de la tente la vieille et le pont sous lequel je vais installer ma tente pour la nuit à la fin de cette journée. Enfin je vais essayer (voir la vidéo)…

Jour 24

On approche d’Almeria pour prendre le bateau en direction du port de Nador.

Jour 25

Encore un peu de piste pour cette journée, heureusement je retrouve vite le bitume que j’affectionne particulièrement maintenant. On approche d’Almeria, encore 70 km selon l’indication.

Jour 26

Je joins l’utile à l’agréable en étudiant au passage le système de goutte-à-goutte en Espagne.

Jour 27

Voilà, je ne suis plus loin d’Almeria, et demain, je prends le bateau pour terminer la route de Melilia à Al Aroui. Ces derniers kilomètres vont largement terminer l’objectif des 1000 km.

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