بسم الله الرحمن الرحيم 
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين
 
 
al-Ahadiya


Définition au sein de la Tariqa Karkariya :
Al-Ahadiya désigne la plus distinguée des approches de la conception de l’Essence, la concrétisation de l’effacement définitif de tout degré, de toute imputation, de toute expression, et de toute forme de filiation et d’accroissement. Elle est exempte d’indication et bien au-delà de toute expression, elle est sa propre indicatrice d’elle-même.
Il est rapporté selon Ubey ibn Ka’b (radiAllâhu ‘anhu) que les associateurs demandèrent un jour au Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) : « O Muhammad ! Donne nous la généalogie de ton Seigneur ! ». Et Allâh –exalté soit-Il- fit alors révéler : « Dis : Il est Allâh, Unique. Allâh, Le Seul a être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui ».[sourate al-Ikhlâs]
[Musnad Ahmad ibn Hanbal]
 
Cette sourate renferme tous les secrets du Tawhîd et de la Connaissance Suprême (ma’rifa), du fait que, comme nous le savons, le Coran révélé traite de trois parties principales apparentes qui sont :
-Al-Ahkâm – les Lois
-Al-Qasas – les Récits
-Al-‘Aqîda – la Croyance

Or la sourate al-Ikhlâs a fait réuni l’ensemble des fondements et des étapes du Tawhîd… c’est pour cette raison que le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) dit dans un Hadîth : « Y a-t-il quelqu’un d’entre vous qui serait incapable de lire un tiers du Coran en une nuit ? » les Compagnons s’exclamèrent : « Comment pourrions-nous lire un tiers du Coran ? » Il répondit : « Dis : Il est Allâh, Unique » équivaut au tiers du Coran » [Sahîh Muslim]

 
Quant à la signification de cela selon la science des sens profonds, c’est que Allâh (subhânahu wa ta’âlâ) était, dans la prééternité, un Trésor caché et qu’Il voulut être Connu. Il créa alors la création afin Se faire Connaître d’elle, puis Il constata que les individus la constituant seraient incapables d’atteindre Sa Connaissance du fait de la confusion du lien entre ce qui entre en création et ce qui est incréé. Il plaça alors entre eux et Lui une créature dont la nature apparente est la même que la leur, qu’Il vêtit de l’habit de la clémence et de la miséricorde et à qui Il pardonna les faits passés et à venir. Puis Il ravit son cœur par la Lumière du Tawhîd et plaça sur sa langue l’éloquence Seigneuriale. Par lui, Il fit ouvrir les portes de la prééternité. 


Il lui dévoila la source de la Réalité divine et lui ordonna de Le faire Connaître à Sa création disant : « Qul – Dis », c’est-à-dire Dis, O toi Muhammad… et c’est ainsi que le qaf fut la première lettre coercitive (qahriya) descendue par le Secret de la prééternité (qidam) divine et de l’entrée en existence (houdoûth) de la création, de façon à ce qu’apparaisse la Supériorité de ce qui Est en dehors du temps sur ce qui est dans le temps.
 
Il dit ensuite « Huwa –Lui », et les cœurs des gens du Tawhîd se confondirent, réalisant l’importance de ses significations… et les bases sur lesquelles ils fondaient leur propre existence s’effondrèrent. Ils réalisèrent alors l’extinction éternelle, et le divin demeura exempt de toute association à ce qui n’est autre que Lui. Il fit alors apparaître Son Nom réunissant tous les Noms, Indicateur de l’Essence Suprême : « Allâh ». A l’apparition du lâm de la Toute-Puissance, ils se prosternèrent, puis le lâm de l’Amour ardent les fit littéralement fondre de passion.
 
Il leur dévoila ensuite le caractère Unique et Absolu du Alif et ils réalisèrent véritablement leur incapacité à Le Connaître. Toute chose mouvante en eux s’immobilisa, ils se consumèrent dans la source de l’Unification (‘aïn ul-jam’), et c’est alors que se manifesta l’Autorité Toute-Puissante de al-« Ahad ». Là, toute expression et toute vision s’estompa avant de disparaitre totalement, et de ce fait il n’existe ni informé à ce sujet, ni même information pour en parler.
 
Le Sheykh de nos Shouyoûkh, sîdî Abderrahman al-‘Ârif, a dit :
« L’indication (ichâra) par le mot « Huwa – Lui » est spécifique aux gens qui se sont noyés et pleinement réalisés dans la véritable hawiyya (qui ont accédé au secret de la lettre hâ’ et qui l’ont compris). Ils sont alors entrés dans l’océan de l’Unicité et la réalité de la Véritable Existence leur fut dévoilée. Ils perdirent alors toute indication menant à Lui, si ce n’est Lui-même… ceci parce que, du fait de l’Unicité de l’Indiqué, l’indication ne peut-être sinon indicatrice de Lui. Ils perdirent alors en dehors de Lui toute autre pensée et toute autre sensation, ils furent débarrassés de toutes les caractéristiques propres aux hommes, et la Réalité profonde de Huwa les arracha à leur propre existence, à leurs ressentis et à leurs attributs en tant que créatures… ceci constitue l’Objectif même de la réalisation du Tawhîd.
Qu’Allâh nous fasse grâce de ceci et ne nous en prive pas après nous en avoir honoré, qu’Il nous compte parmi les gens du Tawhîd, par la Baraka de Son Prophète (‘alayhi s-salât wa s-salâm). C’est Allâh qui permet et facilite toute chose, et que les prières et les salutations soient sur notre maître Muhammad ainsi que sa famille. »

[Tafsîr al-Bahr ul-Madîd fî tafsîr il-Qur’ân il-Majîd – Sîdî Ahmad ibn ‘Ajîba]
 
Et dans le Tafsîr de l’Imâm al-Qushayriy :
« On dit que la sourate elle-même est un tafsîr : Qui est Allâh ? Allâh est Huwa. Allâh qui ? al-Ahad (l’Unique). Qui est al-Ahad ? al-Samad. Qui est al-Samad ? Celui qui n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Qui est celui qui n’a pas engendré et n’a pas été engendré ? Celui à qui nul n’est égal.
On dit aussi : Il a dévoilé les Secrets par Sa Parole « Huwa ». Il a dévoilé les esprits par Sa Parole « Allâh ». Il a dévoilé les cœurs par Sa Parole « Ahad », et Il a dévoilé les âmes des croyants par le reste de la sourate.
On dit encore : Il a dévoilé les passionnés par Sa Parole « Huwa ». Il a dévoilé ceux qui réalisèrent Son Tawhîd (al-Mouwahhidîn) par Sa Parole « Allâh », et les Connaissants (‘ârifîn) par Sa Parole « Ahad », et les Savants par Sa Parole « al-Samad », et les bien-pensants par Sa Parole « Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré »… etc » 
[Tafsîr Latâ’if al-Ichârâte – Imâm al-Qushayriy]Et dans la Salât al-Machichiya, sayidunâ ‘Abdessalâm ibn Machîch (qaddassa Allâhu sirrahu) dit :
« Et Il m’emprisonna dans l’océan de l’Unicité ».C’est-à-dire Il me fit entrer dans l’océan de l’Essence Suprême, exempte de toute similarité avec les vagues que sont les Noms et les Attributs divins… là où s’écroule toute expression, toute description, toute filiation, toute indication, tout effet et tout ce sur quoi s’exerce l’effet.
Et parmi les gens du Tassawwuf, on note une différence entre al-Ahadiya et al-Wâhidiya, car de fait al-Ahadiya est issue du Nom al-Ahad, tandis que al-Wâhidiya est issue du Nom al-Wâhid.
Al-Ahadiya est supérieure à al-Wâhidiya de par le fait qu’elle constitue la pureté parfaite de l’Essence divine, effaçant tout lien avec les Noms et les Attributs. Al-Wâhidiya est quant à elle l’union de la pureté de l’Essence avec les Noms et les Attributs divins au sein du cercle répondant de l’arrêt de l’Essence, ceci en le fait que chaque chose s’y trouvant n’y forme qu’un seul et même Être.


L’Imâm al-Jîliy (qaddassa Allâhu sirrahu) dit à ce sujet :
« Al-Ahadiya correspond à la partie du Hadîth qudsî qui dit : « Allâh était et rien n’était avec Lui ». Tandis que al-Wâhidiya correspond à sa seconde partie qui dit : « et Il est à présent égal à ce qu’Il était » ».  

[al-Insân al-Kâmil fî ma’rifati l-awâkhir wa l-awâil – Sidi AbdelKarim al-Jîliy]
 
Sourceal-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)