بسم الله الرحمن الرحيم 
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين
 
al-Khilâfa – Le Vicaire d’Allâh sur Terre
 
Allâh -ta’ala- dit : « Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : « Je vais établir sur la Terre un vicaire (Khalifa) ». Ils dirent : « Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ? » – Il dit : « En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! » » [sourate al-Baqara. verset 30]
 
Lorsque le Vrai voulut Se faire Connaître, il créa Adam à Son image et le revêtit de Ses Attributs, insuffla en lui de l’Esprit de Ses Secrets et fit de lui le miroir des anges, la manifestation de Sa Beauté Sublime. Il est ainsi rapporté par Abou Houreyra que le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) a dit :
« Allâh créa Adam à Son image, d’une taille de soixante coudées. Lorsqu’Il le créa, Il lui dit : « Va saluer le groupe d’anges assis là et écoute la manière avec laquelle ils te rendent le salut car il s’agit là de ton salut ainsi que celui de ta descendance. »
Il dit : « as-salâmu ‘alaykum – Que la paix soit sur vous. »
Ils répondirent : « Que la paix soit sur toi ainsi que la Miséricorde d’Allâh », en ajoutant « ainsi que la Miséricorde d’Allâh ».
Ainsi, tout homme entrant au paradis est à l’image d’Adam, et la création n’a de cesse de diminuer jusqu’à aujourd’hui. »
[Sahîh al-Boukhâriy, Hadîth n°5788]

Et selon ibn ‘Omar, le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) a dit : « Si l’un d’entre vous frappe [une personne] qu’il évite le visage, certes Allâh a créé Adam à l’image du Tout-Miséricordieux (ar-Rahmân). »
[as-Sunna de ibn Abiy ‘Assim, Hadîth n°416]

Cette créature fut donc dotée d’un rang sublime, d’origine pure, façonné de la meilleure des manières qui soit, parce qu’il est la Présence de l’Union (Hadrat al-Jam’), parce que l’existence toute entière fut pliée en lui, puis diffusée dans l’univers, parce qu’en lui fut réuni ce qui avait été séparé… de sorte que les mondes furent subordonnés à lui, et non pas lui qui fut subordonné aux mondes. Le tout fut mis à son service, de par le fait qu’il était le porteur en son cœur du Secret de la Puissance Seigneuriale… sachant que l’établissement du divin (istiwa al-ilâhiy) sur le cœur de l’Homme étant différent de l’établissement du Miséricordieux (istiwa al-rahmâniy) sur le Trône Lumineux : L’établissement du divin se trouve sur le Point au centre du Cercle, tandis que l’établissement du Miséricordieux se trouve sur le Cercle lui-même.

De ce fait, l’Homme est la graine originelle, tandis que l’univers et tout ce qu’il contient est l’Arbre émergent de cette dernière. Le monde est l’image ou la forme, et l’Homme en constitue l’Esprit.
 
Il fut dit en ce sens :
Ô précurseur dans la procession de l’instauration     ///     et suiveur dans la troupe de l’intronisation
Réfléchis, tu es une copie de l’existence     ///     devant Allâh, il n’est pas d’existence plus noble que la tienne
Le Trône et le Piédestal ne se trouvent pas en toi ?     ///     Le monde noble ainsi que le monde vil ?
L’univers n’est qu’un Grand Homme     ///     et toi, tu es un petit univers semblable au sien
 

En faisant un parallèle avec la grammaire arabe (al-i’râb), on pourrait dire que le statut originel de l’Homme dans la phrase de l’existence est d’être celui qui subit l’action (maf’oûl bih), sa capacité d’agir est nulle et sur lui s’applique la loi du verbe (fi’l) par la volonté du sujet (fâ’il)…

 
Cependant, la loi de dissimulation voulut que la phrase de l’existence soit construite de telle sorte qu’on n’en connaisse pas le sujet (mabniya lilmajhoûl) : c’est ainsi que l’Homme devint le remplaçant du sujet (naib al-fâ’il), après avoir été celui qui subissait l’action (maf’oûl bih). Son statut fut élevé (rufi’a : en grammaire arabe, cela désigne aussi l’accord du sujet) après avoir été celui de l’accablement (nasb : en grammaire arabe, cela désigne aussi l’accord de ce qui subit l’action) et de la fatigue continuelle. Pour cela, sa condition de vicaire (khalîfa) lui octroya le mérite qu’on se prosterna en sa présence, en sa qualité de remplaçant de la Présence Véritable et Dissimulée en lui.
Son intellect était la manifestation de la Science, sa forme celle de la Volonté, son aspiration celle de la Capacité d’agir, son imagination celle de l’Entité. Ce royaume humain est ainsi donc la réunion des Réalités Seigneuriales ainsi que de leur formes, c’est pour cela que je te dis : « Ne sors pas de ta propre tombe ! ».
 
On trouve dans le Hadîth du Waliy une indication extrêmement importante, pour celui à qui Allâh aura accordé une largesse d’esprit suffisante. Le Bien-Aimé, (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) y dit à propos de son Seigneur (‘azza wa jall) :
«Celui qui montre de l’hostilité, quand bien même ce serait pour Moi, à l’un de Mes bien-aimés, Je lui déclarerai la guerre. Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une chose que J’aime, comme il le fait avec ce que Je lui ai prescrit. Et Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi par les actes surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime ; et, lorsque Je l’aime, Je serais son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il saisit et son pied avec lequel il marche. S’il Me demande, je lui donnerai ce qu’il veut et s’il sollicite Mon secours, Je le lui accorderai. Et il n’y a pas de chose que J’hésite à faire, et que Je dois, cependant, faire, que de ravir l’âme de Mon serviteur croyant ; il déteste la mort, et Moi Je déteste lui faire du tort.» 
[Sahîh al-Bukhâriy, Hadîth n°6050]
 
Regarde donc par l’œil de ton cœur cette douce indication, qui aura bouleversé les esprits de ceux qui exemptent le Vrai de toute ressemblance à quoi que ce soit (al-mounazzahîn), de cette exemption froide que n’ordonna ni Allâh, ni Son Messager (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam).Paradoxalement, le Secret de toute chose se trouve dans son opposé, et on ne Connut le Vrai que par la réunion de tous les opposés, car les manquements du degré de servitude (‘ouboûdiya) ne constituent dans la Réalité rien d’autre que le Secret de la manifestation des Perfections Seigneuriales.
 
Et dans les Hikam :
« Tu es compris dans l’univers de par la considération de ton enveloppe corporelle, mais il ne saurait contenir ta dimension spirituelle. »

Et sayidi Ahmad ibn ‘Ajîba (radiAllâhu ‘anhu) explique ceci en ces termes :
« Lorsque l’esprit est débarrassé de toutes les impuretés du monde physique, il s’élève vers le monde du Jabaroûte et alors ne le voilent d’Allâh ni terre, ni ciel, ni cosmos, ni Trône, ni Piédestal. Au contraire, tout ceci devient pour lui futile, et c’est bien là ce à quoi goûtent les Connaissant (‘ârifoûn) qui, lorsqu’ils regardent l’univers tout entier, le voient fondre et retourner à l’état d’eau. Une eau qui, s’ils la boivent, devient dans leur cœur tel un point. Cependant, la capacité à embrasser l’univers des uns diffère de celle des autres : ainsi, pour certains ce point a la taille d’un œuf, tandis que pour d’autres il est de l’équivalent d’un grain de moutarde, et ceci est dû à l’ouverture de leur vision. A chaque fois que l’esprit se retrouve seul dans l’océan du Jabaroûte, l’univers rétrécit pour lui au point qu’il ne le sente plus et en perde toute notion, c’est pour cela que certains ont dit que si le Trône se trouvait dans un des coins du cœur du Connaissant, il n’en sentirait même pas la présence. Un autre Connaissant dit que si le Trône et le Piédestal se trouvaient pliés dans son bouclier.
 
Le Shaykh de nos Shouyoûkh, Mawlay ‘Abdelqader al-Jilâniy (radiAllâhu ‘anhu) dit ainsi: « le Trône et le Piédestal se trouvent pliés dans ma poignée (qabda) »
Ensuite, l’univers se dissipe et s’anéantit, le monde du Malakoûte est mis en relation avec le monde du Jabaroûte, et ne demeure que le Vivant qui ne meurt jamais… mais ceci, ne le comprennent que les Connaissant dont l’âme a totalement pris le dessus sur leur caractère humain, au point qu’ils devinrent des esprits, habitants du Malakoûte: leurs corps sont au milieu de la création, tandis que leurs âmes sont avec le Vrai. Ceci, ô homme, parce que si l’univers fut en mesure de te contenir et de te cerner dans ta dimension corporelle humaine, il ne put en revanche contenir ton esprit, étant donné que ce dernier est en lien avec le monde du Jabaroûte, qui englobe toute chose. Se voyant donc contraint de demeurer condensé et limité à cette apparence visible, l’esprit fut dissimulé par la Sagesse et restreint par la Capacité, et tant que l’humanité sera touchée par l’amour des passions futiles, elle demeurera voilée. Si en revanche elle tend vers la douceur de l’évocation d’Allâh et transperce le voile du monde physique, elle retournera à son origine et établira un lien avec l’océan de cette même origine. Alors, le monde du Malakoûte et du Moulk seront tous deux pliés dans sa poignée, et ne pourront plus te contenir à ce moment-là ni terre, ni ciel… pas plus que ne pourra te cerner ni le monde ésotérique, ni le monde exotérique. C’est en ce sens que l’on dit concernant le soufi que la terre ne le diminue pas, et que le ciel ne lui permet pas non plus de demeurer plus longtemps. »
[Iqâdh al-himam fi charh al-hikam – ibn ‘Ajîba]
 
Et en ce sens, sayiduna ibn ‘Arabiy (radiAllâhu ‘anhu) écrivit ces vers:
Tu reviens à la vie lorsque d’un regard tu tues sa logique     ///     de la même manière que Jésus faisait revenir à la vie
Sa Torah est une tablette dont la source est l’émetteur d’une vive Lumière et moi     ///     je la récite et l’étudie comme si j’étais Moussa
Une bonne-sœur d’entre les filles des romains dont la fonction est perturbée;     ///     par les Lumières, tu vois sur elle une charte
cruelle et inhumaine: elle s’est ainsi restreinte     ///     dans la chambre où elle se retire pour prier, à un sarcophage
Tous les érudits se sont vus impotents et dépassés par notre religion     ///     eussent-ils été des suiveurs de David, des rabbins ou des évêques

 

 

Sourceal-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)