بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

La bay3a liLlâh

« Ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font que prêter serment à Allah: la main d’Allah est au-dessus de leurs mains. Quiconque viole le serment ne le viole qu’à son propre détriment; et quiconque remplit son engagement envers Allah, Il lui apportera bientôt une énorme récompense. » [sourate al-Fath, verset 10]. Il s’agit ici d’un maqâm, ou degré spirituel, appelé jam’u l-jam’, dû au fait que le Commandement (al-hukm) se fond dans l’Action (al-fi’l), que l’Action se fond dans l’Attribut (as-sifa) et que l’Attribut se fond dans l’Essence (ad-dhât). Al-Quchayriy (radiAllâhu anhu) a dit au sujet de ce verset qu’il s’agissait d’une indication claire du maqâm du jam’, que connaît le mourid karkariy après avoir fait la khalwa, de même qu’on le retrouve explicité dans le verset: « Et lorsque tu lançais (une poignée de terre), ce n’est pas toi qui lançais: mais c’est Allah qui lançait » [sourate al Anfâl, verset 17].

Il a également dit dans son mukhtasar que ce verset indiquait l’accomplissement du fana’ (extinction) complet de son être (sallAllâhu alayhi wa sallam) en Allâh et de sa persistance par Allâh. Ce verset indique donc clairement le maqâm du jam’, dont il est également question dans le hadîth qudsî qui signifie « et si Je l’aime Je deviens son ouïe, sa vue et sa main… », qui est en fait le secret (sirr) du khilafa et du baqa’ (persistance) par Allâh. Les personnes atteignant ce maqâm sont ahlu t-tarbiyati n-nabawiya (les gens de l’éducation prophétique), ceux qui prendront avec eux la bay’a auront certes pris la bay’a avec Allâh, et ceux qui regardent dans leur direction regardent certes dans celle d’Allâh. Celui donc qui violera le serment ne le violera qu’à son propre détriment, il perdra alors la lumière de sa basîra et retournera au maqâm du commun des gens ; tandis que celui qui remplira son engagement envers Allâh, Il lui apportera bientôt une énorme récompense: la vision ininterrompue de Son Essence, la vision depuis le maqâm des rapprochés (al-mouqarrabîn), qu’Allâh nous affermisse dans Sa voie droite, sans déviation ni retour, Amîn. Peu importe l’époque, on trouve toujours des héritiers complets parmi les gens d’Allâh du fait que c’est par eux qu’Allâh relève son courroux, qu’Il fait descendre la pluie bienfaitrice, qu’Il exauce les du’a et accepte les œuvres, ils sont donc la garantie de sécurité de la terre. La bay’a d’un héritier complet est une bay’a sans wâsita (intermédiaire), une bay’a noûrâniya (de lumière) depuis al-Haqq vers al-Haqq, par le sirr (secret) de « ahbabtu an o’raf = Je voulus être connu » [Hadîth qudsî], une bay’a sous l’arbre des khoutoûm de Hadrat ul-Ahadiya, un arbre en dehors du lieu, non concernée par la direction ni l’emplacement.

Allâh subhânahu wa ta’âla a dit: « Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre. Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs, et a fait descendre sur eux la quiétude, et Il les a récompensés par une victoire proche. » [sourate al-Fath, verset 18]. Allâh a ici fait précédé la bay’a par l’agréement (ar-ridâ), parce qu’Il a agréé les Croyants dans l’azal, c’est-à-dire avant la création, et Son agréement est un de Ses Attributs qui n’évolue ni n’est remplacé par quoi que ce soit d’autre, la bay’a est donc un fruit d’entre les fruits de l’arbre de l’agrément « chajarat ar-ridwân », cité dans ce verset: « un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel. Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur. Allah propose des paraboles à l’intention des gens afin qu’ils s’exhortent. » [sourate Ibrâhîm, versets 24 et 25]. La nourriture tirée de cet arbre est une Lumière qui abreuve le serviteur sincère lors de sa bay’a, il la voit par l’œil de son cœur, puis par les yeux de sa tête en mouchâhada étant en état d’éveil, non pas endormi, voila donc l’engagement auprès d’Allâh.

Selon Jâbir ibn ‘abdiLlâh, qui a dit: Omm Mubachchir nous a informé qu’elle avait entendu le Prophète (sallAllâhu alayhi wa sallam) dire chez Hafsa, ce qui signifie: « Si Allâh veut, personne de ceux qui ont pris bay’a sous l’arbre ne rentrera en enfer. » Elle dit: « Mais si oh Messager d’Allâh, certains d’entre eux entreront en enfer ». Il la réprimanda alors, puis elle récita le verset: « Il n’y a personne parmi vous qui ne passera pas par [L’Enfer] » Le Prophète (sallAllâhu alayhi wa sallam) répondit: « Allâh (‘azza wa jall) a certainement dit: « Ensuite, Nous délivrerons ceux qui étaient pieux et Nous y laisserons les injustes agenouillés. » » [sourate Maryam, versets 71 et 72] [Sahîh Muslim]. Al-Baqaliy (qaddasAllâhu sirrahu) dit dans son tafsîr du verset de la bay’a qu’Allâh les a agréé avant même qu’ils ne soient créés, et Son agrément reste inchangé et inchangeable pour l’éternité, car il s’agit d’une de Ses Sifat azaliya baqiya abadiya (Attribut pré-éternel, immuable et impérissable), qui n’est pas sujet au changement à travers les évènements ni le temps, ni par l’obéissance ou la transgression, du fait donc qu’Il les a choisis d’entre Ses serviteurs, ils demeurent éternellement au degré qui leur fut octroyé et n’en diminuent pas, car ahlu r-ridâ (les gens de l’agrément) jouissent de Sa protection et ne sont pas exposés aux méfaits de ahlu l-bu’d (les gens de l’éloignement). Ils furent dotés de Son agrément et L’ont agréé de même qu’Il les a agréé. Allâh subhânahu wa ta’âla dit: « Allah les agrée et ils L’agréent. » [sourate al-bayina, verset 8] et ceci après qu’Il ait placé en leurs cœurs de Ses Lumières, comme le confirme Sa parole: « Il a fait descendre sur eux la quiétude » [sourate al-Fath, verset 18].

Allâh subhânahu wa ta’âla a donc fait de la descente de cette Lumière dans le cœur de Ses serviteurs un signe et un preuve de la validité de la bay’a pour Allâh et Son Prophète (sallAllâhu alayhi wa sallam), sachant bien qu’il viendrait un temps où certaines personnes prétendraient détenir ce qu’ils n’ont pas, coupant ainsi le chemin à l’aspirant vers Allâh. Al-Haqq subhânahu wa ta’âla fit donc de la Lumière de la Sakîna un signe du rattachement direct au Prophète (sallAllâhu alayhi wa sallam) par un sanad ininterrompu et une preuve de l’authenticité de la bay’a. Sayidi ibn ‘Ajîba (qaddasAllâhu sirrahu) dit, au sujet du verset de la bay’a: Les Shouyoûkh de tarbiya sont les successeurs du Prophète (sallAllâhu alayhi wa sallam), par conséquent celui qui prend avec eux la bay’a prendra par là même la bay’a avec le Prophète, on pourra donc expliquer le verset en disant que: « Allah a très certainement agréé les croyants » recherchant Sa Face, « quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance »oh toi le ‘arif bi-Llâh (connaisseur d’Allâh) « sous l’arbre »sous l’ombre de l’arbre de ta volonté et de ton désir de Lui. « Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs » en terme de sincérité, « et a fait descendre sur eux la quiétude », jusqu’à ce qu’ils ne ressentent plus la difficulté de la tarbiya et des efforts fournis en termes de jeûne, prières etc, « et Il les a récompensés par une victoire proche », qui est l’arrivée dans hadrat ul-‘yân qui est la vision de la Lumière, « ainsi qu’un abondant butin »des ouvertures spirituelles (foutoûhât) et des dévoilements (moukâchafât), des secrets (asrâr), et des élévations en degrés (taraqqiyât), dans des quantités illimitées, « qu’ils ramasseront. Allah vous a promis un abondant butin que vous prendrez » après le fathen termes de retour au baqâ’ (persistance) et à baqâ’ ul-baqâ’, en terme d’élargissement des degrés spirituels (maqâmât) et d’élévation dans les ascensions du dévoilement (taraqqiy fi ma’ârij al-moukâchafât) « et Il a hâté pour vous Celle-ci », c’est-à-dire le maqâm de l’extinction (fanâ’) « et repoussé de vous les mains des gens » c’est-à-dire les obstacles que représentent les passions (chahâwât), pour que vous vous en remettiez à votre Seigneur, « afin que tout cela soit un signe pour les croyants » qui vous succèderont et rechercheront la guidée à travers la vôtre, « et qu’Il vous guide dans un droit chemin », le chemin de l’arrivée à la hadrat ul-quds, alors plus aucun aspect de votre nafs n’interfèrera entre vous et votre Seigneur, vous pourrez alors vous passer et vous isoler de tout ce qui n’est pas Lui sans ressentir gêne ni lassitude, « Il vous promet un autre butin que vous ne seriez jamais capables de remporter » dans ce bas monde et qu’Il vous réserve pour le Jour du Jugement, la récompense de la sincérité, auprès d’Allâh.


Source : al-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ Muhammad Fawzi al-Karkariy)