بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

La Hadra et le Hâl
chez Ibn Taymiyya et Ibn Qayyim

La Hadra est un signe distinctif d’entre les signes propres aux gens du tassawwuf, et il s’agit du symbole de la réunion des Asma’uLlâhi l-Husna dans la lettre hâ’ de l’Ism al-Jâmi3 ad-dâl 3ala d-dhât (Allâh), il s’agit du symbole de la qabda abadiya (la poignée éternelle) manifestée au travers de la beauté divine pré-éternelle, pour toute personne dont l’œil de la basira a été ouvert par le kâf de « ka’annaka tarâh = comme si tu le voyais ». Pour lui le malakoûte est devenu moulk, et le ghayb se manifeste à lui au travers de visions à l’état d’éveil. Il a alors goûté au parfum exquis de la proximité divine (qurb) et a ressenti la brise de son accomplissement.

La montagne de Ohod a tremblé de désir et d’allégresse sous les pas bénis du Bien-Aimé (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Elle s’agita en réaction à l’intensité de la beauté Muhammadienne, jusqu’à ce que le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) la calme.

Aboû Hamîd as-Sâ’idiy rapporte : « Nous revenions de l’expédition de Taboûk en compagnie du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), et alors que nous approchions de Madîna, il dit : « Voici Tâba, et voici Ohod : une montagne qui nous aime et que nous aimons. » » [Sahîh al-Boukhâriy, 4097]. Il apparaît donc clair que la cause de l’agitation de la montagne de Ohod était l’Amour et rien d’autre, par conséquent la trépidation et le balancement sont des manifestations physiques de l’Imân. Et c’est en ce sens qu’un poète a dit :

N’en voulez pas à Ohod d’avoir trépidé
lorsqu’il est passé dessus: ce mouvement manifeste de la foi n’est qu’un remède

Ohod n’a pas à être réprimandée, c’est une Amoureuse
et l’allégresse n’est jamais aussi intense que lors de la rencontre de l’Aimé

Ce mouvement en réalité est l’expression du déchaînement de la tempête prenant source dans la châleur du Désir de la rencontre divine. Elle est ainsi accompagnée par des sautillements, des pleurs, de la crainte, des frissons, voir même l’évanouissement. N’as-tu pas vu les pierres se laissant tomber des hauteurs par crainte révérencielle ?

Allâh (ta’âla) dit : « Puis, et en dépit de tout cela , vos coeurs se sont endurcis; ils sont devenus comme des pierres ou même plus durs encore; car il y a des pierres d’où jaillissent les ruisseaux, d’autres se fendent pour qu’en surgisse l’eau, d’autres s’affaissent par crainte d’Allah. Et Allah n’est certainement jamais inattentif à ce que vous faites.» [sourate al-Baqara, verset 74].

Et étant donné que les différents tons de la voix sont étroitement liés aux degrés de l’esprit, les tremblements et les balancements sont des réactions naturelles à l’écoute de jolies sonorités, y compris chez les animaux… et même les objets sans esprit (jamâd = ce qui est minéral) sont concernés ! -et en réalité, ce qui est sans esprit ce sont bien les corps dépourvus du cœur permettant de ressentir le flux des sens profonds-. Allâh nous a donc donné un exemple de ceci dans le Coran : « Si Nous avions fait descendre ce Coran sur une montage, tu l’aurais vu s’humilier et se fendre par crainte d’Allah. Et ces paraboles Nous les citons aux gens afin qu’ils réfléchissent. » [sourate al-Hachr, verset 21]

Si donc le Coran était révélé et descendu sur une montagne, malgré toute la rigidité, la force et l’ inflexibilité de celle-ci, la montagne en serait affectée au point de se fendre… comment devrait donc être l’état des cœurs des gens du tassawwuf en de pareilles circonstances ?
En réalité, il n’est pas possible de contenir l’intensité du ressenti de la proximité divine (qurb). A ce sujet, ibn Taymiya nous dit dans ses fatâwi :
« Lorsque l’Imâm Ahmad fut questionné à ce sujet, il répondit : « On a lu le Coran en présence de Yahiyâ ibn Sa’îd al-Qattân et il s’est évanoui. Et pourtant si quelqu’un était capable de repousser cet état, Yahiyâ ibn Sa’îd l’aurait fait : je n’ai jamais vu quelqu’un de plus sensé que lui.

« Nous pourrions également préciser qu’une chose similaire est arrivé à l’Imâm as-Shâfi’iy, quant à l’histoire de ‘Aliy ibn al-Fudayl ibn ‘Iyâd elle est connue, ce qui fait beaucoup de gens dont on ne peut remettre en question la fiabilité. »  [Majmoû’at ul-fatâwiy, ibn Taymiyah].

Son élève ibn Qayim évoque lui aussi la question du Hâl en disant:
« Il y a divergence au sujet du balancement (tawâjud): est-il permis ou non ? Les savants se sont ici partagés en deux catégories. Les uns ont dit que cela ne convenait pas d’un point de vue juridique de par le fait que ce soit une manière de montrer avec peu de naturel et de feindre être ou détenir ce que l’on n’a pas. Quant aux autres, ils ont dit que cela convenait d’un point de vue juridique, mais uniquement pour la personne sincère et réellement affectée par des sens spirituels profonds. Le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) a ainsi dit: « Pleurez, et si vous ne pleurez pas, provoquez la venue des pleurs ».

Ce qui veut donc dire que, d’une part, si celui qui se balance en feignant être ce qu’il n’est pas, dans le but d’accéder à quelque chose, ou bien par suivi de ses passions et de sa nafs, alors cela ne convient pas juridiquement. En revanche, si celui qui se balance le fait dans le but de déclencher ou provoquer en lui un Hâl, ou un maqâm en présence divine, alors ceci est juridiquement convenable… et cela se détermine selon la personne se balançant, c’est-à-dire en fonction de ce qu’on connaît de lui en matière de sincérité et d’ikhlâss. » [Madârij as-Sâlikîn, ibn Qayyim al-Jawziyyah]Il a dit également: « Si le balancement (tawâjud) était permis ou recommandé pour l’ensemble des gens de dounia guidés par leurs passions, plus personne ne goûterait à la saveur ni à l’allégressge de la réunion des cœurs avec Allâh, ni au désir profond de Sa rencontre. Et cela, ne peut le croire que la personne qui y a goûté, car ne peut l’accepter que celui qui a vu briller en lui ce qui brille en toi. Et qu’Allâh récompense celui qui a dit :

Oh mon ami, ne vois-tu pas leur feu ?
Il répondit: tu vois ce que je ne vois pas

La flamme (de l’Amour ardent) a apaisé ta soif mais pas la mienne
Et tu as pu voir de ton cœur ce que je ne peux percevoir

[madârij as-Sâlikîn, ibn Qayyim al-Jawziyyah]

cov_livre

Source: al-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)