Les sahaba (radiAllâhu ‘anhum) étaient, après le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), certainement les gens les plus sujets aux états spirituels (Hâl) au cours de leurs évocations d’Allâh… On raconte ainsi que sayidunâ ‘Omar (radiAllâhu ‘anhu), en lisant le verset qui dit : « Le châtiment de ton Seigneur aura lieu inévitablement. Nul ne pourra le repousser. » [s52, v7/8],  fut affecté par des crises d’asthme durant pas moins de 20 jours.

Et nous concluons (cette série d’articles sur la Hadra) par cette explication de sîdî Ahmad ibn ‘Ajîba (radiAllâhu ‘anhu) du livre « al-mabâhith al-asliya » du Sheykh as-Saraqustiy (rahimahuLlâh) :« Il dit : On s’est beaucoup étendu quant à la licité du fait d’écouter des psalmodies de poésies (sama’), certains entendent rendre cela illicite tandis que d’autres le permettent. Quant à ce groupe de gens (les soufis), qui est en fait le groupe d’Allâh (Hizb Allâh), le sama’ les transporte et les fait accéder à une liqueur enivrante dont ils trouvent la source dans leurs cœurs et dans leurs secrets, et pour cette raison, lorsqu’on demanda à l’Imâm al-Juneyd (radiAllâhu ‘anhu) quel était son avis à propos du sama’, il répondit: « Tout ce qui réunit le cœur avec Allâh est permis », ou une parole qui voulait dire cela.

Il (le Sheykh as-Sarqustiy) évoqua ensuite la divergence entre les savants et notamment le fait que les irakiens, c’est-à-dire les Hanafites, l’aient rendu illicite (haram), tandis que les gens du Hijâz, c’est-à-dire les Mâlikites et les Shâfi’ites, l’ont définit comme étant permis.Aboû Mous’ab rapporte ainsi que Mâlik (radiAllâhu ‘anhu) fut questionné au sujet du sama’ et qu’il répondit : « Je n’ai jamais entendu au sujet du sama’ que le fait que les gens de notre région ne le rejettent pas, qu’ils n’ont rien contre cela ; et ne le rejette qu’un imbécile ignorant, ou bien un ascète irakien au tempérament rugueux. »

Je dis (sîdî Ahmad ibn ‘Ajîba) : Il ne fait donc aucun doute que la règle de base concernant le sama’ est la licité, et la preuve de cela est le hadîth relatant que deux servantes étaient en train de chanter en jouant du duff un jour de ‘îd, et ce en présence du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam)…  Aboû Abderrahmân as-sulamiy (radiAllâhu ‘anhu) a dit : Il est rapporté que ‘Aicha (radiAllâhu ‘anha) a dit : « Une servante était chez moi en train de chanter, quand entra le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Ensuite ‘Omar est entré et elle prit la fuite. Le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) se mit alors à rire, et ‘Omar de lui dire : « Oh Messager d’Allâh, quelle est la chose qui te fait rire ? » Il lui expliqua alors… et une fois terminé, ‘Omar dit : « Je ne sortirai pas d’ici avant d’avoir entendu ce qu’a entendu le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). » Il dit alors à la servante de continuer à chanter, et elle chanta.

Je dis : Et le Sheykh at-Tajiy rapporta lui aussi cette même version du hadîth, et le Sheykh as-Sulamiy ajouta:
On questionna dhû l-Noûn à propos du sama’, il répondit : « Il s’agit d’une inspiration divine (wârid) qui transporte le cœur vers la Vérité, celui qui l’écoutera donc selon ce que requiert la vérité atteindra la réalisation spirituelle, tandis que celui qui l’écoutera selon ce que lui suggère son égo deviendra un hérétique (zindîq). »

As-Sirriy quant à lui a dit : « Les cœurs des Amoureux s’emplissent de joie au travers du sama’ tandis que ceux des repentants s’emplissent de crainte… quant aux cœurs de ceux qui Le désirent (mouchtaqîn), la tristesse et la mélancolie les innondent. »

Il a été dit par ailleurs que le sama’ était telle une pluie bienfaisante tombant sur une terre asséchée, la faisant ainsi revivre… et c’est ainsi qu’apparaissent les avantages de la pureté des cœurs lors du sama’

On a dit encore que dans le sama’ se trouvait une part pour chacun des membres, il se peut ainsi qu’une personne pleure ou crie, il se peut qu’elle danse ou même qu’elle s’évanouisse.

On a dit aussi : Les gens du sama’ se divisent en trois catégories : les repentants, les sincères et les droits.

On a dit aussi : Les gens qui participent au sama’ se divisent en trois catégories : ceux qui écoutent par leur Seigneur, ceux qui écoutent par leurs cœurs et ceux qui écoutent par leurs égos.

On a dit aussi : Celui qui participe au sama’ a besoin de trois choses : de rigueur, de délicatesse et d’un désir brûlant accompagné de l’extinction (fana’) de sa propre nature et de l’entrée dans les réalités divines profondes (Haqâ’iq). Le sama’ n’est permis que pour la personne dont les intérêts pour ce bas monde ont disparu, la personne donnant donc plein droit à son esprit et dont la nature humaine s’est éteinte. Il dit ensuite : ainsi, le sama’ produit de l’effet en fonction de la pureté intérieur de la personne et de la force de son inspiration divine (wârid). Certains savants ont dit : Le sama’ n’est permis que pour une personne dont l’esprit serait vivant et l’égo (nafs) mort, quant à celui dont l’égo est vivant et le cœur mort, cela n’est pas permis pour lui.

On raconte selon un saint parmi les Abdâl, qui a dit : « J’ai vu le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) et je lui ai demandé : que penses-tu du sama’ que réalisent nos compagnons ? Il répondit : c’est la pureté que ne réalisent que les plus grands Savants par Allâh. »

La seule parole de ibn Layoûn a-Tajiyy aurait d’ailleurs dû suffire dans l’inâla, il dit :
« Qui d’autre qu’un ignorant de la Sunna pourrait rejeter l’écoute de la poésie ? Alors même que Sâlih ibn Ahmad ibn Hambal a affirmé avoir vu son père écouter le chant d’un voisin dans une maison de son quartier. Il dit ensuite : selon Anas, nous étions auprès du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) lorsque Jibrîl descendit à lui et lui dit : « Oh Messager d’Allâh, les pauvres de ta communauté rentreront au paradis 500 ans avant les riches, ce qui réprésente en réalité la moitié d’un jour. Il se réjouit alors et demanda aux sahaba présents : « y a-t-il parmi vous quelqu’un qui nous réciterait de jolis vers (yunachhidunâ) ? » Badri répondit : « Oui oh Messager d’Allâh :

Le serpent passionnel a mordu mon coeur
et je ne trouve pour lui ni docteur ni guérisseur

Excepté le Bien-Aimé, de qui il s’est épris
et auprès de lui se trouve mon remède et ma guérison »

Le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) se mit alors à se balancer (tawâjada), et les compagnons l’imitèrent en cela, au point que son vêtement tomba de ses épaules. Lorsqu’ils eurent terminé chacun regagna sa place et Mu’âwiya dit alors : « Quel meilleur jeu que celui là yâ RassoûlAllâh ! » Il répondit : « mah mah (ça suffit tais toi) yâ Mu’âwiya, n’est point honorable (karîm) celui qui ne bouge pas en entendant l’évocation du Bien-Aimé ». Après quoi il partagea son vêtement en 400 morceaux.

Ceci est relaté par al-Maqdissiy et as-Sahrawardiy.

Je dis (ibn ‘Ajîba), et en réalité, pour pouvoir donner un jugement sur la question du sama’, il faut considérer d’un côté les gens versés dans la Réalité divine (Haqîqa), pour ceux là il ne fait aucun doute que le sama’ est permis, et de l’autre côté les gens de la Loi (charî’a), c’est-à-dire que cela ne doit se faire ni en présence de femmes, ni en présence d’enfants, auquel cas ceci devient illicite, par précaution (pour ne pas que les gens s’y trouvent de faux prétextes pour parvenir à quelque chose d’illicite), et Allâh ta’âla est plus Savant.