بسم الله الرحمن الرحيم 
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين


Le Sheykh as-Saraqustiy a réunit les statuts juridiques du sama’ ces vers :
 
Et le Sheykh a certainement en cela (le sama’) des enseignements divers     ///     étant donné qu’ils en ont fait un pilier de la Voie
 
Il fut par ailleurs permis pour les ascètes     ///     et fut clairement recommandé pour les Shouyoûkh
Il est en revanche illicite pour les gens du commun     ///     auprès des Shouyoûkh se trouvent les provisions
 

Je dis (Sheykh ibn ‘Ajîba) : Il dit donc, qu’Allâh le comble de Miséricorde, que les Shouyoûkh ‘ârifoûn bi-Llâh trouvent dans le sama’ différents arts (founoûn) , des émanations spirituelles, des rythmes et des balancements, des états et des effluves divines, et c’est pour cela qu’ils en ont fait un pilier à l’ombre duquel ils s’abritent, sans pour autant s’appuyer dessus car il s’agit là d’une autorisation pour les faibles d’entre eux seulement, tandis que les saints spirituellement accomplis n’en ont pas besoin. Ainsi, quand on questionna l’Imâm al-Juneyd (radiAllâhu ‘anhu) à propos du sama’ et de son statut juridique, il répondit : « Tout ce qui permet la réunion du serviteur avec son Seigneur est permis (mubâh) ».

Pour reprendre donc en détail, de la manière que cela fut évoqué dans le poème ci-dessus, le statut juridique du sama’ varie en fonction de trois types de personnes. Il peut ainsi être permis (mubâh), recommandé (mandoûb) ou bien interdit (Harâm).

  • Il est permis (mubâh) pour les ascètes, car leurs nafs sont mortes et ne sont plus sujettes aux passions et aux jouissances vaines, il n’y a donc pas de mal pour eux dans le sama’ pour qu’il leur soit interdit, et pas non plus de bien pour qu’il leur soit recommandé, étant donné qu’ils n’ont pas encore atteint le degré spirituel du tahqîq et du dhawq (le goût aux réalités cachées de la divinité).
  • Il est recommandé (mandoûb) pour les Shouyoûkh Connaissant par Allâh (‘ârifîn bi-Llâh), car il stimule en eux la réunion avec le divin et la manifestation du flux spirituel (wârid), et permet également que ceci s’étende et profite aux autres personne présentes, chacun bénéficiera ainsi d’une part de ce wârid, car quand quelqu’un se réalise en un état particulier, les gens présents avec lui goûtent eux aussi d’une part de cet état, et toute personne menant à la réalisation parfaite est lui-même parfaitement réalisé (kâmil).
  • Il est interdit (Harâm) pour les gens du commun, ou comme le Harâm, parce qu’il fait naître en eux les passions et les encline au péché, il réveille en eux des côtés malsains et des habitudes abjectes. Si cela en revanche n’est pas dans la nature des gens concernés, alors le sama’ devient autorisé (mubâh), excepté en présence de gens de mauvaises mœurs (ahl ul-fassâd), auquel cas le sama’ est complètement interdit afin de ne laisser aucune porte d’accès à l’illicite. Le sama’ a en réalité été interdit pour les gens du commun parce que le chant est un pont d’accès à la fornication, et qu’il fait naître l’hypocrisie (nifâq) dans les cœurs. 

On a dit également : le sama’ est un vin que boivent les esprits, dans les verres que représentent les oreilles, sur des rythmes mélodiques, et chacun récoltera en fonction de son intention (Hadîth : « l’eau de zamzam est utile à ce pour quoi elle est bue« ).
On a dit aussi : celui qui participera au sama’ avec impiété deviendra impie (zindîq), et celui qui participera au sama’ en recherchant la réalisation (tahqîq) se réalisera, et si c’est l’Amour ardent qui est évoqué, alors chacun sera rétribué en fonction de son intention.
Certains disaient aussi : Vous autres, chantez comme il vous plaît, quant à nous, nous écoutons comme il nous plaît, et c’est Allâh qui accorde la réussite (tawfîq).

 

Sîdî Aboû Madiyan (qaddassAllâhu sirrahu) a dit dans un poème: 

Dis donc à celui qui interdit aux gens du balancement de se balancer     ///     Si tu n’as pas goûté au sens du breuvage de l’Amour alors laisse nous
Si les esprits vivants s’agitent par profond désir de la rencontre,     ///     les esprits morts quant à eux dansent, oh ignorant des sens profonds
Quand tu regardes l’oiseau en cage, oh jeune garçon     ///     au souvenir de son pays, c’est comme s’il se retrouvait dans une villa spacieuse
Il libère en gazouillant ce que renferme son cœur     ///     et s’agitent alors les membres, au sens propre comme au figuré
Et il danse dans sa cage par désir profond de la rencontre     ///     et si il chante alors même les esprits les plus sensés sont ébranlés
Il en est ainsi de l’esprit des Amoureux, oh jeune garçon     ///     le désir passionnel pour le monde sublime les a agité
Peut-on imposer à l’oiseau de patienter, lui que le désir consume     ///     Et peut-il patienter, celui qui a été témoin de ce sens profond ?
 
Sourceal-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)