La Primordialité de la Lumière dans l’accès à la Connaissance du Prophète ﷺ

4123
La Primordialité de la Lumière dans l’accès à la Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam)

بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

La Primordialité de la Lumière dans l’accès
à la Connaissance du Prophète
(sallAllâhu ‘alayhi wa sallam)

La base sur laquelle repose l’enseignement de tous les gens d’Allâh est l’idée communément admise que le chemin menant à Allâh est inéluctablement fermé pour toute personne qui voudrait cheminer en suivant une autre direction que celle du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Notre Sheykh, sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy (radiAllâhu ‘anhu) nous répète ainsi très souvent :

Chemine vers Allâh en passant par la porte du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam)… et si tu t’y refuses, tu es et demeureras voilé et exclus (des gens de la Voie)

Par ailleurs, la part du cheminant dans la Connaissance d’Allâh est en fonction de sa Connaissance du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), et ceci selon la capacité et la prédisposition que le cheminant a à recevoir cette Connaissance, non pas selon ce qui peut t’en être donné… car ne connaît véritablement sayidanâ Muhammad que le Créateur de Muhammad (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). L’objectif de ta Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) est d’atteindre la limite au-delà de laquelle tu es totalement incapable de le Connaître, et ceci se réalisera lorsque te parviendront les sens cachés du verset: « Et sachez que parmi vous/en vous se trouve le Messager d’Allâh » [sourate al-Houjourate, verset 7].

Partant de cela, il faut savoir que le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) peut être considéré de deux façons. La première consiste à le voir dans le monde créé, c’est-à-dire de considérer son enveloppe charnelle et sa qualité d’être humain. La deuxième consiste quant à elle au fait de le voir en sa qualité d’esprit et de réalisation spirituelle absolue… et la majorité des gens, excepté ceux que Allâh a touché de Sa Miséricorde, ne connaissent le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) qu’au travers de son image apparente. Quant à ceux qui joignent la Connaissance physique et spirituelle du Bien-Aimé, ce sont les gens qui ont hérité de lui les commandements et les règles apparentes ainsi que les secrets de la science cachée. Après cette modeste introduction, le lecteur sera peut-être intéressé pour en savoir plus à propos de cette Connaissance cachée (ma’rifa)… Et il se dira certainement que, en tant que musulman, il accomplit toutes ses obligations religieuses et accomplit même régulièrement des actes surérogatoires, et pourtant malgré tous ses efforts il n’est jamais parvenu à cette Connaissance… Où est donc le problème ? Afin de parvenir à une réponse, il faudra tout d’abord se rendre compte que toute adoration par laquelle on aura cherché à se rapprocher d’Allâh sans que celle-ci n’augmente notre Connaissance et notre rapprochement de Lui est défectueuse. En effet Allâh n’accepte que ce qui est bon, et il se trouve que les passions cachées de la nafs et le poison que shaytân administre d’une main de maître s’immiscent très souvent dans nos actes d’adorations sans même que nous n’y prêtions attention. Pour cette raison, beaucoup de nos adorations ne sont plus que des gestes et ont perdu tout leur esprit. Le problème se situe donc en nous-même et non pas dans la réalisation d’actes d’adoration… Et la cause de cela est la disparition du Noûr Muhammadiy dans les cœurs. Par cette Lumière on accède à la face cachée de la nafs et on en découvre les défauts… et par sa Lumière (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) on accède à sa Connaissance et à celle du Créateur.

Ici un certain nombre de questions pourront être soulevées :

  • Qu’entend-on par Noûr Muhammadiy ?
  • Comment accède t-on à cette Lumière ?
  • Peut-on y parvenir par nos propres efforts personnels uniquement ?
  • Si on est parvenu à obtenir de cette Lumière, peut-on dire alors qu’on a accédé à la Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) tel que les gens d’Allâh l’ont fait ?

Sache que ce qu’on entend par « Noûr Muhammadiy » désigne la réalité Lumineuse (Haqîqa Noûrâniya) de ce qui est caché derrière l’apparence du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Tu peux également dire qu’il s’agit de la « poignée » prise de la Lumière divine indiquant et guidant vers le divin, et ceci est appuyé par le Hadîth qudsî qui dit : « Oh Jâber, la première chose que Allâh a créé, c’est la Lumière de ton Prophète »[al-Bayhaqiy]. Il fut également rapporté dans « tanwîr al-muqbâss min tafsîr ibn ‘Abbâs (radiAllâhu ‘anhumâ) « l’interprétation du verset : « Une Lumière vous est certes venu d’Allâh » [s.al-ma’ida, v15] : « Le mot Lumière veut dire Messager, c’est-à-dire : Un Messager (Muhammad –sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) vous est certes venu d’Allâh. » » Les Imâm as-Souyoûtiy, at-Tabariy et al-Qurtubiy ont rapporté une chose semblable. Par ailleurs l’Imâm as-Sâwiy rapporte dans sa Hâchiya du tafsîr al-Jalâlayn : « Il s’agit de la Lumière du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) et elle fut appelée Noûr parce qu’elle illumine la vision et guide dans le droit chemin, également parce qu’elle est la base et l’origine de toute lumière, soit-elle une lumière au sens propre ou bien au figuré. ».

Allâh ta’âlâ dit : « Allah est la lumière des cieux et de la terre ! Sa lumière est comparable à une niche où se trouve une lampe. » [s an-Noûr, v35]. Selon ibn Jubeyr et Ka’b, la deuxième mention du mot « Lumière » renvoie dans ce verset au Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Et nombreux sont les Compagnons ayant dit que le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) émettait de la Lumière, qu’il était lui-même la Lumière : Abû Hurayra (radiAllâhu ‘anhu) a dit:  « Je n’ai jamais rien vu de plus beau que le Messager d’Allah (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam); c’est comme si le soleil se reflétait sur son visage ; lorsqu’il souriait, la lumière se reflétait sur les murs alentours ». Une femme des Bani Hamdân a dit : « J’ai fait le Hajj en compagnie du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). On lui dit alors : « décris le moi ! » Elle répondit : « Il est telle la lune lorsqu’elle est pleine et dégagée. Je n’ai jamais vu personne de semblable, ni avant ni après lui. ». ‘Aicha (radiAllâhu ‘anha) a dit : « Il avait le plus joli des visages ; sa couleur était la lumière. », « On dirait qu’il a sur son front net et dégagé comme une lampe illuminée ». Toutes les fois qu’il le voyait, Abou Bakr (radiAllâhu ‘anhu) disait : « Voici l’intègre et l’élu qui sans cesse appelle au bien. On dirait la lumière de la pleine lune libérée de l’obscurité des nuages ». ‘Anas ibn Mâlik a dit: « Le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) est entré à Médine un lundi, faisant rayonner toute chose dans la ville. Et il s’y est éteint un lundi, laissant assombrir toute chose dans la ville. ».

Allâh ta’âlâ le dit Lui-même très explicitement dans un verset : « Ô Prophète! Nous t’avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, appelant (les gens) à Allah, par Sa permission; etune lampe éclairante. » [s al-Ahzâb, v 45-46]. Lorsque la mère du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) le mit au monde, elle vit jaillir d’elle une lumière lui montrant les palais de Chêm.Interrogé sur sa personne, le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) dit : « Je suis l’accomplissement du voeu formulé par mon père Abraham et l’heureuse annonce faite par Jésus. Et ma mère a vu ,quand elle me porta, jaillir d’elle une Lumière par laquelle lui étaient illuminés les palais de Châm ». L’Imâm ibn Kathîr rapporte dans son ouvrage al-Bidâya wa l-Nihâya, selon sayidinâ ibn ‘Abbâs (radiAllâhu ‘anhumâ) : Lorsque ‘Abd el-Muttalib partit avec son fils afin de le marier, ils croisèrent le chemin d’une voyante ayant la connaissance de certains livres et qui se faisait appeler Fâtima bint marr al-Khuth’amiya. Cette dernière, ayant vu la Lumière de la Prophétie sur le visage de ‘AbdAllâh, lui dit: « Oh jeune homme, si tu acceptais d’avoir une relation avec moi maintenant, je te donnerais cent chameaux. » ‘AbdAllâh lui répondit alors par ces vers :

Quant au Harâm, la mort lui est préférable
et il n’y a pas de solution qui te permettrait d’y parvenir

Comment pourrait-il en être comme tu le désires
alors qu’ainsi le noble perd sa fierté et sa religion ?

Il partit donc avec son père qui le maria à Âmina bint Wahb, et il resta ainsi auprès d’elle durant trois jours. Après cela, il repensa à la proposition de la voyante et partit à sa rencontre. Elle lui dit alors : « Par Allâh je ne suis pas quelqu’un d’instable et qui cache des choses… c’est simplement que j’ai vu de la Lumière sur ton visage, et je voulus que cette Lumière me revienne. Cependant Allâh voulut qu’elle aille là où Il l’avait décidé… Et elle prononça alors ces vers :

Et lorsque lui parvint (à ‘AbdAllâh) une Lumière qui illumina
ce qui se trouvait autour de lui, de même que la pleine lune éclaire autour d’elle

J’ai espéré pouvoir être fière que cette Lumière me parvienne
mais toute pierre que l’on frappe ne produit pas du feu…

[al-Bidâya wa l-Nihâya]

Oh Amoureux… Peut-être comprends-tu maintenant le sens de ce Noûr Muhammadiy…  et j’espère qu’il ne reste plus dans ton cœur la moindre once de doute à ce sujet, après avoir consulté ces preuves bénies ainsi que ces paroles de salaf et de khalaf… Tu mesures donc certainement maintenant l’importance primordiale de cette Lumière dans l’accès à la Connaissance (ma’rifa) de ton Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), et tu sais que sans elle tu ne pourras parvenir à cette Connaissance, surtout en réalisant que cette Lumière se voit à l’œil nu, au sens propre et physique, non pas en un sens allégorique ou métaphorique. Selon ‘Orwata ibn az-Zubayr, ‘Aicha (radiAllâhu ‘anha) a dit : « J’avais une fois emprunté une aiguille à Hafsa bint Rawâha avec laquelle je cousais le vêtement du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). L’aiguille tomba et (dans l’obscurité), je ne parvenais pas à la retrouver. Entra alors le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) et je vis l’aiguille refletter les rayons de la Lumière de son visage. Je me mis alors à rire et il me dit : « O petite rouquine, qu’est-ce qui te fait rire ? » Je lui en donnais alors l’explication et il me dit en élevant la voix : « O Aicha, malheur, malheur et encore malheur à toute personne qui sera privée de la vision de ce visage. Il n’est pas un seul croyant ni un mécréant qui ne désire regarder mon visage. » [Relaté par ibn ‘Assâkir, al-Asbahâniy et as-Souyoûtiy].

Méditons sur ce Hadîth et sur la manière avec laquelle la Lumière du Bien-Aimé (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) s’est manifestée à elle, au sens propre et physique, au point que dans l’obscurité elle ait pu retrouver une aiguille. On peut également mentionner l’histoire du Sahabi Hassân ibn Thâbit (radiAllâhu ‘anhu) à qui les Qoraychites donnèrent une somme d’argent (avant qu’il ne rentre dans l’Islâm) afin qu’il diffame et calomnie le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Hassân patienta donc sur une coline en attendant le passage du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), afin de voir en lui une caractéristique qu’il pourrait prendre en raillerie. Et lorsque le Bien-Aimé passa, Hassân l’observa et retourna vers les Qoraychites en disant : « Tenez, reprenez votre argent je n’en veux pas, quant à celui que vous vouliez que je prenne en raillerie… Oh Allâh sois témoin que j’atteste qu’il est Ton Messager… » Les Qoraychites dirent alors : « Que t’est-il arrivé !? Ce n’est pas pour cela que nous t’avons envoyé !!!» Il leur répondit alors par ce poème :

Lorsque j’ai vu ses Lumières resplendissantes
de peur je plaçais mes mains devant mes yeux

craignant que sa splendeur n’emporte ma vue
car je ne peux le regarder au delà de ma capacité

Un esprit de Lumière dans un corps de lune
tel un vêtement précieux brodé d’étoiles

De cette qasida nous tirons plusieurs enseignements :

  • La Lumière du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) se voit au sens propre et physique, il ne s’agit pas d’une Lumière allégorique ni métaphorique, étant donné que sayidunâ Hassân ibn Thâbit (radiAllâhu ‘anhu) dit bien avoir vu ses Lumières resplendissantes et avoir mis ses mains devant ses yeux de peur qu’elles ne cause la perte de sa vue…
  • Cette Lumière, ne la voit que celui dont Allâh aura voulu la guidée. Par conséquent, selon la Sagesse divine, cette Lumière apparaît pour certains et reste cachée pour d’autres. Ainsi, lorsque Allâh voulut le bien pour Hassân, Il lui dévoila la réalité spirituelle de Son Prophète et ainsi le sahabi fut guidé. En revanche cette réalité spirituelle fut cachée à Abou Lahab qui s’en tint donc à l’image extérieure et à l’enveloppe charnelle du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam).C’est cette Connaissance qui procura aux Compagnons cette force et cette fermeté dans la voie d’Allâh, et leur Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) variait en fonction du degré de leur foi… Ainsi celui qui l’a vu sous l’apparence d’une lune n’est pas identique à celui qui l’a vu sous l’apparence d’une Lumière qui brille telle une épée, etc…

Par conséquent tout croyant désirant atteindre la proximité Prophétique et ayant été privé de sa compagnie corporelle devra rechercher sa compagnie spirituelle, c’est à dire au travers de sa Lumière. Or nous savons que cette Lumière est vue par les cœurs purs… et c’est ici que nous répondons à la question de savoir comment accéder à la vision de cette Lumière :

La réponse se trouve cachée dans cette Hikma de sayidina ibn ‘ata ‘iLlâh al-Iskandariy qui dit : « Quand Allâh veut accorder la réussite à Son serviteur, Il le pourvoie en forces de Lumières et le vide des ténèbres et des choses futiles ». Le Sheykh de nos Shouyoukh, sidi Abdel-Qâdir Mawlay al-Bâchâ a commenté cette Hikma en disant : « C’est-à-dire que quand Allâh veut accorder la réussite à l’un de Ses serviteurs et le choisir pour Sa proximité, Il le fait alors s’entourer des gens de la Lumière, c’est-à-dire les gens des secrets qui détiennent ces Lumières, qui sont les gens de la ma’rifa, et Il l’éloignera de la compagnie des gens de bas rang, esclaves des ténèbres et des futilités. Si Il veut ensuite l’abandonner, Il l’éprouve par le contraire de cela et le serviteur devient alors du nombre des abandonnés… et comme le dit le Hadîth, chacun sera en compagnie de ceux qu’il aura aimé ». Le chemin afin donc d’accéder à cette Lumière consiste en le fait d’accompagner et de fréquenter les gens des Lumières, qui sont les soleils de la guidée, et Allâh nous a certes recommandé de les suivre en disant : « Et suis le chemin de ceux qui reviennent à Moi » [sourate Luqmân, v15]. Ce retour dont il est ici question désigne le retour vers Allâh et vers les Shouyoûkh de tarbiya Muhammadiya ayant atteint les plus nobles degrés de ce retour à Allâh par la sortie des ténèbres de l’égo et de ce qui n’est que néant pour revenir vers la Lumière originelle.

Cet enseignement de base fut compris par un certain nombre d’entre les plus grands savants de la communauté, qui recherchaient donc la compagnie des gens de la Lumière afin d’en prendre d’eux une partie. On peut par exemple citer le Sultan des ‘ulama, al-‘Izz ibn ‘AbdesSalâm (radiAllâhu ‘anhu) qui, malgré son statut et son rang particulièrement élevé en matière de science religieuse, recherchait la compagnie et la proximité de l’Imâm Abou l-Hassan al-Shâdhiliy (radiAllâhu ‘anhu). Et de même l’Imâm an-Nawawiy qui, en matière de tassawwuf, suivait le Sheykh Yassine al-Marrâkchiy (rahimahuLlâh) et faisait toujours preuve du meilleur comportement qui soit à son égard et espérait sa baraka… de même pour les Imâm as-Souyoûtiy et as-Sakhâwiy, et avant eux les Imâm Ahmad et al-Shafi’iy, qui établirent les deux madhhab de fiqh connus, et qui recherchaient la présence d’un berger appelé Chibân dont le cœur avait été illuminé par la Lumière divine et dont toute personne qui le fréquentait profitait et prenait de cette Lumière… Et il y a comme cela de nombreux exemples. C’est ainsi que nos pieux prédécesseurs apprenaient le fiqh, puis s’orientaient vers le tassawwuf, et l’histoire témoigne de cela au travers des livres qui retracent la vie des gens pieux, l’Imâm al-Shafi’iy disant en ce sens dans l’un de ses poèmes :

Connaissant du fiqh et Connaissant du Tassawwuf, ne sois pas seulement l’un d’eux
Par Allâh je t’adresse ce conseil

Le premier des deux est dur et sec, son cœur n’a pas goûté à la taqwa
Quant au second c’est un ignorant: comment un ignorant pourrait-il donc devenir pieux ?

Ceci parce qu’ils ont su que la seule manière de parvenir à cette Lumière Muhammadienne était de fréquenter les saints détenteurs des Lumières et des Secrets, de les suivre, de s’en remettre entièrement à eux et de suivre leur méthode éducative. Et parce que leurs cœurs sont en lien direct avec le cœur du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) et qu’ils sont les détenteurs du sanad les reliant directement à lui, ceux qui les fréquentent ont à leur tour la possibilité de se lier à lui (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). O Amoureux, si tu es convaincu de cela… tu dois alors suivre l’exemple de ces Imâm, et parmi eux figurent des savants ayant atteint le degré de l’ijtihâd mutlaq, tandis que d’autres ont atteint celui de l’ijtihâd muqayad, et malgré cela ils ne se sont pas arrêtés à leurs connaissances, ni à leurs statuts, ni à leurs privilèges particuliers… d’ailleurs que valent ces choses plaisantes à la nafs face au Noûr Muhammadiy… ? Bien sûr, la comparaison n’est même pas possible… Suis donc leur exemple et pars à la recherche d’un mourshid kâmil (un guide accompli). Nous vous avons ici indiqué le chemin par lequel on accède au Noûr Muhammadiy… mais si tu t’imagines pouvoir y parvenir toi-même par tes propres efforts personnels… saches que dans ce cas tu ne l’atteindras jamais. Car si cela avait été possible, ces grands Imâm, malgré l’étendue de leur savoir et la quantité de leurs œuvres pieuses, n’auraient pas été contraints de rechercher et de prendre des guides afin d’illuminer leurs cœurs.

C’est en ce sens que sidi Ahmad ibn ‘Ajiba (radiAllâhu ‘anhu), qui était juriste, poète, exégète et spécialiste de la langue arabe, a dit : « Il est vrai que j’ai beaucoup jeûné, beaucoup prié et beaucoup prié la nuit… cependant je n’ai pu atteindre ce qu’ont atteint les hommes accomplis qu’en fréquentant des hommes accomplis ». Il disait cela après avoir pris la tariqa darqawiya de la main de sidi Ahmad al-Bouzidiy (radiAllâhu ‘anhu). Après donc que tu aies compris tout ceci, O Amoureux, nous répondons à ta question de savoir si, dans le cas où on accèderait à cette Lumière, est-ce que cela voudrait dire qu’on a atteint la Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), cette même ma’rifa dont parlent les gens d’Allâh ? La réponse est oui… et dans la Connaissance du Bien-Aimé (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) les gens se divisent en deux catégories : la première concerne les gens l’ayant connu au travers de ce qui apparaît de lui, et il s’agit là du commun des croyants. La deuxième catégorie concerne ceux qui ont non seulement connu ce qui apparaît de lui mais aussi une partie de ce qui en est caché, et il s’agit là de l’élite des musulmans, ceux qui suivent les paroles, les actions, les états et les secrets du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), contrairement aux premiers qui ne connaissent que ses paroles et ses actions.

Ibn ‘Ajiba (radiAllâhu ‘anhu) a dit : « Toute personne ayant vu le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) en rêve fait partie de l’élite, toute personne l’ayant vu en état d’éveil dans son apparence charnelle fait partie de l’élite de l’élite. Et toute personne l’ayant vu en état d’éveil sous sa forme spirituelle Lumineuse fait partie de l’élite de l’élite de l’élite. ». Celui donc qui verra le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) dans sa forme charnelle ne verra en réalité que son Noble Esprit manifesté sous son image apparente, et malgré cela cette personne n’aura pas atteint l’équivalent de ce qu’atteignent ceux qui le voient dans sa réalité spirituelle… et ceux là sont ceux qui ont atteint la Connaissance véritable du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), et c’est belle et bien à cette vision que se référait sayidunâ Abou l’Abbâs al-Mursiy (radiAllâhu ‘anhu) lorsqu’il disait : « Par Allâh, si le Messager d’Allâh disparaissait de ma vision ne serait-ce que le temps d’un clein d’œil, je ne me compterais plus moi-même comme étant du nombre des musulmans ». On rapporte une parole du Sheykh Abou l-Hassan al-Warqâniy : « Le Sheykh Abou l-Abbâs at-Tanjiy nous a dit : « J’ai pris le wird de Sayidiy Ahmad al-Rifâ’iy et il m’a dit : « Je ne suis pas ton Sheykh. Ton Sheykh est Abderrahim et il se trouve à Qina, vas donc le retrouver. » Je suis donc parti à Qinâ et lorsque je trouvais le Sheykh Abderrahim celui-ci me dit : « As-tu connu le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) ? ». Je répondis que non, et il dit alors : « Pars à Jérusalem, là bas tu connaîtras le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) ». Je suis donc parti comme on me l’avait indiqué, et en posant le pied à Jérusalem, je vis le ciel, la Terre, al-‘Arch et al-Kursiy remplis du Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Alors je revins auprès du Sheykh, qui me demanda de nouveau : « As-tu connu le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) ? ». Je répondis que oui, et il m’annonça : « Maintenant tu as achevé ton cheminement. C’est uniquement par sa connaissance (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) que les pôles sont pôles et que les watad sont watad. ».

Les gens qui voient cette Lumière comprennent et goûtent pleinement à cette histoire… Méditons donc sur la manière avec laquelle le mourid répondit « non » à la question « As-tu connu le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) », sachant qu’en tant que musulman, il connaissait le connaissait bien évidemment sous sa forme charnelle apparente… Ce qui le poussa à répondre à cette question par la négative est donc le fait qu’il savait que la Connaissance du Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) n’est effective qu’au travers de la Connaissance de sa réalité spirituelle Lumineuse, cette réalité que l’on retrouve confirmée par de nombreux versets Coraniques, Hadîth, et récits de Sahâba décrivant le Prophète (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam), sans compter les expériences vécues par les pieux et sincères à travers les siècles jusqu’à nos jours…