بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Qu’est-ce que la proximité ?

Par la baraka de nôtre maître bien aimé, le Shaykh Mohamed Faouzi al Karkari (qu’Allâh sanctifie son secret).

– « Qu’est ce que la Proximité (al-Qurba) ? »
– « La proximité c’est toi ! »
Telle fut la réponse de Mawlay Hassan (qu’Allâh sanctifie son secret) à son disciple notre Shaykh bien aimé Mohamed Faouzi al-Karkari (qu’Allâh sanctifie son secret).

Nous n’avons pas la prétention de pouvoir expliquer la signification des nobles paroles de Sidi Mawlay Hassan, cependant nous pouvons tenter d’apporter quelques éclaircissements à la mesure de notre compréhension aussi humble et limitée soit elle.

Tout d’abord prenons en considération le point d’origine de notre être : vouloir limiter celui-ci à un aspect uniquement individuel reviendrait à confiner outre mesure les différents cercles de notre existence et réduirait la réalisation spirituelle à la sphère de l’individualité.

La réalisation spirituelle ascendante par voie d’accès aux différentes stations est une formulation de la doctrine des degrés de l’être, mais que pouvons-nous comprendre de ces différents degrés ? L’existence de ces degrés, signifie qu’il y’a une proximité et un éloignement en nous même, mais comment peut on être proche ou éloigné de quelque chose qui se trouve en nous ?

Dans un premier temps, il faut comprendre que la connaissance de Dieu, conformément au hadith « Celui qui se connait soi-même connait son seigneur (man arafa nafsahu faqqad arafa rabbahu) », se fait au travers de voiles.

Ces voiles cachent en quelque sorte la réalité divine « Al Haqq ﷻ » mais ils sont aussi nécessaires à son apparition et on peut donc conclure que ces voiles ont cette fonction qui est à la fois de couvrir une chose et donc de la caché mais aussi de la faire connaitre, comme nous l’indique le hadith qudsî « Je suis séparé de mon serviteur par 70 voiles de ténèbres et de lumières » et ceci nous indique cette double nature des voiles qui sont à la fois ignorance et connaissance, comme pourrait l’être les deux faces d’une même pièce, c’est-à-dire une même réalité selon deux points de vue différents.

Voyons à présent comment pourrait s’articuler le concept des degrés au sein de la hiérarchie de l’être ?

L’existence de l’être découle d’un point d’origine, qui est son principe même et sa subsistance ; nous pouvons faire correspondre celui-ci au moteur immobile aristotélicien sans lequel aucune modification contingente au sein de l’existence ne serait possible et donc sans lui l’être individuel serait véritablement un pur néant.

Ce point d’origine de l’être, est la Lumière Mohammadienne ﷺ à partir de laquelle toute chose fut créée, « J’ai pris une poignée de ma lumière et j’ai dis soi Muhammad ». Ainsi toute être créé, tire son existence de cette Lumière originelle que nous pouvons également identifier à l’Esprit Mohammadien ﷺ ; cet Esprit est comme une source dont découle toute l’existence et si nous distinguons des degrés au sein de l’être, nous devons les situés par rapport à ce point d’origine qui est en quelque sorte le degré le plus haut au sein de la hiérarchie et le corps doit au contraire être vu comme le degré le plus bas.

Mais quel est la fonction de ce point originel par rapport à tous les autres degrés de l’être ?

Ce point contient tout l’être en principe car il est la cause par lequel ce dernier se manifeste et la cause doit nécessairement contenir toutes ses qualités qui seront ensuite exprimées dans ses effets.

Il est important de comprendre que lorsque nous évoquons l’être, il s’agit d’ autre chose que de la simple considération individuelle, l’individu étant seulement un cercle contenu dans un cercle de réalité plus large et ainsi de suite jusqu’à la réalisation de l’ être totale, conformément au hadîth qui nous dit que le premier ciel par rapport au second est semblable à un anneau dans un désert, et que le second ciel par rapport au troisième est semblable à un anneau dans un désert, etc. Jusqu’au septième ciel, qui lui-même est semblable à un anneau dans un désert comparé au Kursi (Piédestal), et le Kursi par rapport au ‘Arch (Trône) est semblable à un anneau dans un désert…

Si nous dépassons le point de vue ontologique c’est-à-dire celui de l’Existence pour nous orienter vers la métaphysique pur, ce point devient alors un intermédiaire entre l’Existence et l’Infini et ne peut donc être limité aux conditions du Monde créé et tel est l’état de la Wâsita (intermédiaire) Suprême, sayiduna al-Mustafa ﷺ lorsqu’il parvint lors de son Mi‘râj à la « la distance de deux arcs ou plus près (qâba qawsayn aw adnâ)».

En effet, le fait d’exister implique un confinement (taqyid) auxquelles ne peut se soumettre l’Absolu, qui est par essence inconditionnel et donc au-delà même de la sphère de l’Existence, c’est-à-dire au-delà de la réalité du « hâ al-hawiya ».

C’est seulement ce Tout, inconditionné et sans parties qui peut être véritablement appelé Principe de toute chose.

Si nous revenons à la réalisation de l’être dans la sphère de l’Existence et du limité du « hâ », celle-ci implique nécessairement un point d’origine et de différentiation à partir duquel se défini la hiérarchie des degrés de l’être, ainsi la fonction de ce point d’origine est de contenir en plénitude tous les autres degrés de l’être, il est donc le degré le plus élevé à partir duquel se distingue tous les autres ; pour comprendre cela, prenons l’exemple de la graine qui contient tout l’arbre mais seulement en principe et non de façon actualisée, ou encore, peut-on imaginer une petite source dont partirait un ruisseau et qui finirait en un fleuve ramifié par ses différents bras.

Ce qui vient à la fin et qui pour nous correspond à la modalité corporelle est aussi la partie la plus basse de cet être, qui lui servira donc de point d’appui pour sa réalisation spirituelle.

Cependant, ce qui vient en dernier à cette particularité d’actualiser ce qui est contenu en principe dans son point d’origine et étant aussi relié à sa source on peut donc dire qu’il est à la fois la manifestation et à la fois le récipiendaire de cette source, donc ce qui vient à la fin, manifeste et actualise ce qui est au début et ce qui est au début contient toute chose en principe.

Afin d’éviter certaines erreurs, il est important de rappeler que si le Principe, par rapport à notre état humain, est symbolisé par ce qui vient en premier et permet ainsi de différencier les degrés de l’être à partir de leur commencement, néanmoins il doit être entendu que c’est lui qui contient véritablement toute chose et dont rien ne peut sortir véritablement.

De ce fait la localisation de l’esprit dans le corps ne doit pas être comprise de façon absolue car il s’agit seulement du point de vue de notre modalité corporelle (le Mulk) à partir de laquelle s’opère la réalisation spirituelle et qui nous fait apparaitre la chose comme étant en nous.

Allah ﷻ aurait pu choisir de donner le khalifat (Califat) à un ange qui sont des énergies lumineuses et donc par nature plus proche de cette Lumière originelle, pourtant Il a choisi pour cette fonction, l’Homme fait de limon et donc de constitution plus humble que celle des anges, c’est ce que Iblis ne pu accepter, lui qui est fait de feu et d’air, le Feu, « nâr » en arabe étant proche du mot « nûr », lumière.

Iblis connaissait donc sa constitution plus élevé et plus proche de cette lumière originelle, d’ailleurs le mot « homme » si on regarde son étymologie vient certainement du Latin « humus » qui signifie « terre » et a certainement donné son origine au mot « humble ».

Nous constatons pourtant que l’Homme est une synthèse de tout ce qui est contenu dans la création, car celui-ci arrive en dernier dans l’Ordre créé et récapitule donc sur un même plan tout ce qui se trouve dans les différents degrés du Malakut (le Royaume) et également ce qui trouve dans sa propre modalité à savoir le Mulk (le Domaine de la Seigneurie).

C’est pourquoi les anciens disaient de l’Homme qu’il était un « microcosme » (petit univers) se trouvant dans un « macrocosme » (grand univers) et c’est aussi de cette façon que nous pouvons comprendre la parole d’Ali ibn Abi Talib (Karam Allah wajhu) selon laquelle toute la création est réunie en toi.

L’Homme est donc la cristallisation de cette Lumière originelle et tous les degrés de l’être sont réunis dans ce point unique qu’est le corps. Que ce soit la modalité corporelle en tant qu’achèvement dans la différentiation des degrés de l’Existence et son point d’origine qu’est la Lumière primordiale, Il faut y voir une seule et même réalité qui est l’expression de la plénitude de l’être vu sous deux modes en apparence distinct, ainsi ce qui vient à la fin est la manifestation de ce qui se trouvait au début et c’est véritablement dans ce qui est à la fin que le Principe peut y trouver son reflet, et c’est aussi ce que signifie la parole de l’évangile : « ainsi les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers », c’est-à-dire que tout ce qui se trouve à l’origine est également présent dans son expression finale qui est elle-même la manifestation de son propre principe.

De cette façon nous pouvons comprendre la parole de notre maître Sidi Mohamed Faouzi al Karkari (qu’Allâh sanctifie son secret) lorsqu’il dit « le bâtin (le caché) est l’essence du zâhir (apparent) et que le zâhir est l’essence du caché ». (cf cours : l’approche du alif partie 2).

Il faut bien comprendre que le corps manifeste cette excellence que pour celui qui aura réalisé la totalité de son être c’est-à-dire y compris concernant le domaine dépassant la sphère de l’Existence universelle et qui s’est identifié à l’Infini, c’est-à-dire qui se sera dissout dans l’Absolu et y puisera des sciences sans fin; à ce propos notre maître nous rapporte, « celui qui chemine vers Allah, atteindra son but et celui qui chemine par Allah alors son cheminement est véritablement sans fin » ; pour le reste des hommes, cette excellence du corps est uniquement virtuelle.

L’exemple le plus parfait de cette réalisation spirituelle est celui de notre Prophète ﷺ qui existait par l’Esprit lorsque « Adam était encore entre l’eau et l’argile » pour reprendre le hadith bien connu et qui atteignit sa forme parachevé et donc la plus parfaite lorsque l’Esprit se manifesta sous sa forme humaine et qui actualisa et synthétisa toutes les manifestations antérieures de celui-ci selon les formes des différents prophètes (alayhim al Salâm).

Il est important aussi de noter que cette distinction entre le corps et l’esprit ne se fait qu’à nôtre niveau car en réalité rien ne sort du domaine de l’Esprit.

Maintenant, ce qui a été dit de l’Homme par rapport à son Principe originel peut également s’appliquer au développement du cycle humain, c’est-à-dire que l’humanité au temps du Prophète Adam (‘alayhi s-salâm) bénéficiait d’une grande proximité avec le domaine spirituel et cependant c’est à une époque éloignée par rapport aux temps adamique et donc de son principe que la perfection se manifesta par la Révélation descendu dans le corps de la plus parfaite des créatures ﷺ .

Il y’a d’ailleurs sur ce point certainement un lien à opérer entre la lettre « mim » qui s’ajoute au nom de Ahmed, nom céleste du prophète ﷺ et qui donne ainsi Mohammed ﷺ, son nom terrestre, et le Soukoun originel qui est également en forme de « mim », c’est-à-dire un cercle, que l’on dessine en partant d’un point en son centre et que l’on fait revenir à son d’origine après qu’il est prit sa forme circulaire. Rappelons à ce titre que le hadith nous dit : « J’ai pris une poignée de ma Lumière et J’ai dit sois Muhammad », en effet, ce n’est pas le nom céleste du Prophète ﷺ, « Ahmed » qui a été utilisé mais son nom terrestre.

D’autre part la lettre « mim » a pour valeur 40 ce qui indique les 40 degrés de l’âme (al nafs), preuve que le corps physique de al-Insân al-Kâmil (l’Homme Universel), c’est-à-dire de sayiduna al’Mustafa ﷺ a bien cette fonction de totalisation des degrés de l’être.

Le nombre 40 si on lui enlève son chiffre fani (néant) qu’est le 0, nous obtenons le chiffre 4, qui est le nombre de la manifestation de l’Unité dans le Mulk car l’Unité véritable dans son essence ne peut être manifesté et si nous observons autour de nous, nous constatons que toute chose que nous appelons unité est en réalité une composition. Par exemple, un grain de sable est une agglomération de minéraux qui à leur tour sont une composition de particule plus petite, etc…

C’est pourquoi l’espace est composé de 4 directions, le temps de 4 saisons, la matière de 4 éléments. L’Espace, le temps et la matière sont les caractéristiques principales du Mulk et donc du corps qui est comme sa miniature et dont la constitution est caractérisé par la domination du chiffre 4.

Nous pourrions également faire référence aux 5 sens car ceux là peuvent être ramené également au nombre 4 si l’on considère que l’ouïe, qui est le premier d’entre eux a donné naissance aux 4 autres.

En effet, l’ouïe est plus qu’un simple sens car il est lié directement à la vibration primordiale, l’éther, qui contient les 4 éléments en principe et ce jusqu’à ce que la scission primordiale génère un déséquilibre permettant leur apparition.

Ajoutons que dans le monde créé, le minéral est directement lié au nombre 4 car sa forme rappelle celle du carré ; le carré et le minéral sont tous deux des symboles de stabilité et d’immobilité qui nous renvoient donc au soukoun originel, principe du mouvement et de l’apparition du monde contingent.

De la même façon la lettre « mim » est la première lettre du mot « al mawt » qui signifie « la mort » en langue arabe et ainsi nous retrouvons cette idée d’arrêt et de stabilité.

Le corps dans les sciences du tassawuf est souvent associé au tombeau à partir duquel les gens de la réalisation effectuent leur ascension spirituelle et disent: « nos corps sont nos esprits et nos esprits sont nos corps », la caverne qui est aussi un symbole du cœur spirituelle peut être substituée au tombeau.

Le nombre 4 nous renvoi également aux 4 porteurs du Trône qui est le lieu de la Présence divine au sommet de la création, de la même façon que le corps est le lieu et le trône de cette Présence dans le Mulk.

Le Prophète ﷺ a effectué son ascension avec son corps et il est monté plus haut que l’ange jibril (‘alayhi s-salâm) qui ne pouvait dépasser le lotus de la limite. Ici, il faut faire attention de ne pas commettre l’erreur de croire que cette élévation s’est faite dans le domaine spatio-temporelle, loin de nous cette idée, bien au contraire il s’agit plutôt d’une résorption des facultés corporelles à l’état principielle, ce qui ne signifie pas leur suppression définitive et c’est donc de cette façon que le corps devient véritablement le support de la réalisation spirituelle et que nous pouvons comprendre cette citation vue plus haut : « nos corps sont nos esprits et nos esprits sont nos corps ». Le corps devient alors un instrument de connaissance et c’est donc à partir de ce support que le réalisé pourra se connaitre véritablement car si il s’agissait d’une annihilation pur alors qu’elle science pourrait on retirer et qu’elle serait donc l’intérêt de notre corps si il fallait le supprimer entièrement pour accéder à cette réalisation ?

Cependant, plus le réalisé tendra vers le zéro absolu plus le maqam atteint sera élevé et comme dit notre maître bien aimé (qu’Allâh sanctifie son secret) : « Dans notre Tariqa les choses sont très claires : plus tu seras éteint (fana), plus tu engrangeras de Sciences. »

Il ne s’agit pas donc pas de nié cette phase de dépouillement de toutes nos attaches sensibles afin d’arriver à un certain degré d’extinction mais plutôt d’intégrer celle-ci dans un processus de totalisation ou chaque chose à sa raison d’être et où le corps tient une place centrale.

Cette position centrale du corps reste néanmoins confinée au domaine du Mulk car dans cette Hadra (Présence), les corps n’existent plus ou du moins comme nous le dit notre maître (qu’Allâh sanctifie son secret) : « Il ne demeure plus aucune trace des différents corps physique. Il n’y a plus qu’un seul corps, un seul Esprit, une seule nafs… quant aux autres, ils sont éteints et absolument dissouts dans le Prophète , c’est-à-dire dans la Wâsita Suprême. »

Ainsi, nous comprenons pourquoi le cas du Prophète ﷺ est particulier et tout à fait exceptionnel car étant lui-même la manifestation parfaite d’al-Insân al-Kâmil, son corps était donc par nature l’expression même du Tout, c’est-à-dire du flux circulant dans le Monde au-delà des mondes, le Monde de l’Infini et de l’Absolu.

Ainsi la question de la Proximité divine nous fait entrer dans le domaine de l’inexprimable.

En effet, si nous nous plaçons du point du vue de l’Essence, la question ne se pose pas car Celle-ci étant infini, il ne peut donc y avoir ni proximité ni éloignement car nous l’avons vu plus haut, l’Infini ne peut se soumettre à aucune limite, alors que au contraire, l’éloignement et le rapprochement implique nécessairement un conditionnement et donc tout confinement ne peut que être que résolument nul par rapport à l’Infini.

En revanche dans le domaine de l’Existence du « hâ al-hawiya », ce qui vient en dernier et donc qui est le plus éloigné du Point d’Origine, apparait comme une récapitulation de tout ce qui l’a précédé et donc est le reflet pur de son principe et ainsi nous constatons que ce qui vient à la fin se retrouve dans la proximité du Principe et ce qui s’éloigne de l’Origine ne fait en réalité que s’en rapprocher.

Comme nous l’avons expliqué plus haut ce texte ne se propose pas d’expliquer la réponse de mawlay Hassan al Kakari (qu’Allâh sanctifie son secret) à son disciple Mohamed Faouzi al-Karkari (qu’Allâh sanctifie son secret), mais seulement d’apporter quelques éléments de réflexion.

Et Allah est plus Savant.

Qu’Allah nous face bénéficier de son Amour rayonnant dans ce bas monde comme dans l’au-delà et qu’Il nous éloigne des voiles de l’ignorance et nous rapproche de Sa Lumière.

Amin.


Auteur du texte : Muhammad Pierre