بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

« Et Moussa tomba, foudroyé »

Dans la Tariqa Karkariya : Le foudroiement (as-sa’q) désigne le fait de s’éteindre à soi, par soi et pour soi… que ta vision ne s’éloigne jamais de celle de ton Secret, et qu’elle ne s’insurge pas contre la réalité de ton essence. Et qu’Allâh récompense celui qui dit en ces vers :

La réunion des mondes me fut ôtée
et la Lumière de mon cœur s’éveilla, comme après s’être évanouie

Ce qui était caché s’est bel et bien manifesté
et mon enroulement plia l’univers tout entier

De ma part et à mes dépends, mes verres ont tourné…
après ma mort tu me verras vivant.

Allâh -ta’ala- dit : « Et lorsque Moussa vint à Notre rendez-vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit : « Ô mon Seigneur, montre Toi à moi pour que je Te voie ! » Il dit : « Tu ne Me verras pas ; mais regarde le Mont : s’il tient en sa place, alors tu Me verras. » Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moussa s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : « Gloire à Toi ! A Toi je me repens ; et je suis le premier des croyants » » [sourate al-A’râf, verset 143]. Moussa vint à la manière des Amoureux épris d’un désir profond de retrouver l’Être Aimé… Moussa vint alors sans Moussa… Moussa vint, et de Moussa il ne persista rien qui appartienne à Moussa. Des milliers d’hommes marchèrent sur des distances très longues sans que personne ne mentionne jamais leur nom, mais les pas que fit Moussa furent tels que, jusqu’au Jour du Jugement, on entendra les enfants réciter (dans les écoles Coraniques) « Et lorsque Moussa vint… ». [Imâm al-Qushayriy – Tafsîr Latâ’if al-ichârât].

Et lorsque la rencontre eut lieu, le flot de paroles de l’ego s’apaisa et l’ouïe s’épura de toute limitation aux lettres créées. Se réalisa alors pour al-Kalîm (celui à qui Allâh s’adressa, Moussa) : « Je devins son ouïe par laquelle il entend », car la parole prééternelle ne saurait être entendue si ce n’est par une oreille elle aussi prééternelle. Al-Kalîm (‘alayhi s-salâm) soupira d’un désir ardent pour la sacralité de la vallée où le déluge éternel le noya dans l’océan incréé. Le torrent prééternel l’emporta alors vers la vallée de Touwa, dans laquelle il ôta ses sandales. Lorsque la rencontre eut lieu, et qu’enfin sonna pour Moussa l’heure de l’extinction, les saveurs de la passions le submergèrent, il entendit la douceur du Verbe et s’anéantit, ne pouvant faire face à la Magnificence divine. Il s’éleva ainsi par son Secret vers le jujubier des Amoureux, transporté par la Puissance et la Beauté sacrée de ce qu’il entendit. Lorsque l’ivresse de la rencontre eut raison de lui, il demanda la Vision… et il ne saurait être blâmé pour cela, car l’explosion de joie lacère le voile de la pudeur, et dans un dernier souffle de vie, l’ivresse fait tomber la convenance et la bienséance. Et quelle belle parole que celle de sayidi Abou Madyan (qaddas Allâhu sirrahu) :

Quand nous nous réjouissons ainsi que nos âmes,
et quand l’ivresse de la passion nous envahit, elle nous déshonore

Ne blâme donc pas l’enivré tant qu’il est ivre
car tant que nous le sommes, la responsabilité est ôtée de nous

Moussa (‘alayhi s-salâm) dit: « ariniy / fais-moi voir » et demanda en cela la Vision, mais la Sublimité de la Réunion (jam’) refusa une première fois la demande de ce qui s’en démarque (farq) et répondit par la négation, depuis le degré d’exemption absolue (maqâm at-tanzîh) du mont Toûr… puis une seconde fois, de nouveau par la négation, mais cette fois depuis le degré de l’assimilation (maqâm at-tachbîh), lorsqu’il demanda la compagnie de sayidina al-Khidr (‘alayhi s-salâm). Et la raison de la réponse négative de la Présence incréée par « lan » (négation future de : « tu ne me verras pas ») est l’entité des qualificatifs de différenciation et des attributs de localisation, car les Réalités ésotériques de l’Unicité ainsi que la Sublimité divine ne permettent pas cela. … Mais regarde l’intermédiaire (wassita) qu’est la montagne, de par son caractère localisable, et si elle demeure et persiste à sa place après la manifestation divine, alors toi aussi tu demeureras. La théophanie se révéla alors à la montagne, de l’équivalent du chas de l’aiguille de la Sagesse Seigneuriale, car si ne serait-ce que l’équivalent du bout du doigt avait été dévoilé, la Majesté divine aurait anéantit tout ce à quoi on prête un lieu. Dans ce sens un Hadîth rapporté par Abou Moussa nous dit que le Messager d’Allâh (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam) a dit : « Certes, Allâh ne dort pas, et il ne Lui convient pas de dormir, Lui qui rabaisse et élève la juste mesure, Son voile est la Lumière, et s’Il le dévoilait, la Magnificence de Sa Face anéantirait tout ce sur quoi se poserait Son regard. » [Sunan ibn Mâjah, Hadîth n°192]. Lorsque la Seigneurie se manifesta à la montagne, Moussa s’envola dans le ciel du Jabaroûte, son lui-même s’écroula en lui, et il fut foudroyé par la grandeur de cet état.

L’Imâm al-Chuchtariy (radiAllâhu ‘anhu) a dit sous forme de vers :

Le bon caractère est votre caractère, et l’ordre est votre ordre
Qui que je sois, je n’en suis que l’ombre

Le voile est inexistant en votre présence
au travers du Secret des lettres je contemple la montagne

Vous avez guidé les gens à vous, par vous et pour vous
La perpétuité exprime la mystériosité prééternelle

Par vous-mêmes, vous avez Connu ce parfait Connaisseur de vous-mêmes
Vous êtes eux, ô Vie des cœurs, ô mon espoir!

L’assistance divine qui lui avait été prescrite avant la création fut descendue à lui et lui insuffla des réalités ésotériques de l’Essence. Lorsqu’il reprit ses esprits, Moussa exempta le Vrai de toute ressemblance à Sa création (nazzahahu) et dit : « Soubhânak / Gloire et Pureté à Toi ! ». Puis, se remémorant les mots qu’il avait prononcé tandis qu’il était ivre, il dit : « A Toi je me repens ; et je suis le premier des croyants ».

Sayiduna Ahmad ibn ‘Ajîba (qaddas Allâhu sirrahu) dit dans son tafsîr du Coran : « La Vision du Vrai est réelle et admise parmi les gens du soufisme, dans cette vie comme dans l’autre, mais n’y accède dans ce monde que ceux que l’on considère comme étant l’élite de l’élite. Ils expriment cette Vision en tant que témoins oculaires, et ceci n’a lieu que après la réalisation de l’extinction (fanâ’). Quant à l’extinction de l’extinction (fanâ’ ul-fana’), elle n’a lieu qu’après la mise à mort de la nafs, puis le détournement de chacun de ses sens et de ses conceptions, ceci après avoir reçu l’éducation d’un Shaykh parfaitement réalisé (kâmil), un Shaykh qui n’a de cesse de mener son disciple et de lui faire franchir les degrés spirituels, de le faire disparaître à lui-même et d’anéantir sa conscience d’exister, et ce jusqu’à ce que lui soit dit : « T’y voilà, toi et ton Seigneur ». Ceci parce que le Vrai -jalla jalâluh- Se manifesta à Ses serviteurs par les Secrets ésotériques de derrière le rideau du temps, qui est en fait le côté matériel de l’univers. Ces Secrets ésotériques ne peuvent apparaître excepté par l’intermédiaire de la Wâssita de son temps. Ou dit autrement : Les Secrets de l’Essence ne se manifestent que par l’intermédiaire des Lumières des Attributs, car si les Secrets de l’Essence étaient apparus sans intermédiaire (sans Wâssita), les choses auraient été brûlées et anéanties, comme le mentionne le Hadîth : « Son voile est la Lumière, et s’Il le dévoilait, la Magnificence de Sa Face anéantirait tout ce sur quoi se poserait Son regard. ». Ce qui est voulu ici par le mot « Lumière » désigne en fait la Lumière des Attributs divins, c’est à dire l’entité vectrice des sens profonds, et si cette Lumière avait été dévoilée au point de laisser apparaître les Secrets de l’Essence, tout ce sur quoi se pose Son regard aurait été anéanti. Chez les gens de degrés spirituels accomplis, l’intermédiaire (Wâssita) est la source de la source, ou bien le cœur du cœur de l’intermédié (Mawssoût). Le disciple n’a de cesse de s’anéantir dans le cœur de l’intermédiaire par la contemplation de l’intermédié, et ce jusqu’à ce qu’il s’éteigne et disparaisse complètement vis-à-vis de l’intermédiaire. Dit autrement : on n’a de cesse de s’éteindre par rapport à l’entité au travers de la contemplation des sens ésotériques, jusqu’à ce que se lève en nous le Soleil de la Connaissance. Alors, l’entité disparaît par l’apparition des sens ésotériques, et en perdant l’usage de ses yeux on accède à la véritable Vision.  » « Allâh était tandis que rien n’était avec Lui, et Il est aujourd’hui tel qu’Il a toujours été. ». Ce qui te voile d’Allâh n’est pas la présence d’une chose existante en dehors de Lui… ce qui te voile, c’est l’illusion que tu as de voir autre que Lui. »

« En vérité, la contemplation du Vrai -ta’ala- se réalise tout d’abord par la vision intérieure (basîra), et non pas par la vision des yeux (basar). Ceci parce que la vision intérieure embrasse les sens ésotériques, tandis que la vision des yeux ne peut percevoir que ce qui est physique… Mais lorsque la vision intérieure s’ouvre et que sa Lumière prend le dessus et inonde la vision des yeux, alors ces derniers ne voient plus rien d’autre que ce que voit l’œil du cœur. »

[tafsîr al-bahr al-madîd fi tafsîr al-Qor’ân al-majîd – Sidi Ahmed ibn ‘Ajiba]

fondement

al-Kawâkib ad-Durriya fi bayân al-‘Usoûl an-Noûrâniya (Mawlânâ sidi Muhammad Fawzi al-Karkariy)